Chaque printemps, c’est la même comédie : Le Figaro, L’Étudiant, Challenges publient leur palmarès des grandes écoles. Des colonnes de chiffres, des flèches rouges et vertes, des “top 5” qui font vibrer les familles et donner des sueurs froides aux candidats. Comme si l’intelligence, l’ambition et la capacité à réussir se résumaient à une position dans un tableau Excel. Mais derrière cette façade pseudo-scientifique, les critères choisis révèlent surtout une vision étriquée, conformiste – et franchement paresseuse – de la réussite.
1. Le salaire de sortie : la prime à l’absurde
Premier critère fétiche : le salaire brut six mois après la sortie. Comme si un revenu temporaire reflétait la valeur d’une formation. Pire : ce critère récompense les carrières les plus conformistes (finance, conseil) et disqualifie d’emblée les jeunes qui entreprennent, enseignent, innovent ou partent dans l’économie sociale. L’élitisme version Excel : ceux qui gagnent vite ont raison.
2. L’internationalisation : la vitrine sans le voyage
Un campus à l’étranger, des partenariats en rafale, quelques cours en anglais… et voilà ! L’école coche la case “globalisée”. Peu importe que les étudiants restent entre Français à Berlin ou à Singapour. Ce qu’on valorise, ce n’est pas l’ouverture au monde, mais le storytelling international. Une illusion d’exotisme qui rassure, mais ne transforme personne.
3. L’employabilité : l’auto-validation en boucle
Plus une école est bien classée, plus les recruteurs s’y intéressent. Plus les étudiants y vont, plus leurs salaires montent. Résultat ? Un cercle vertueux pour les écoles installées, et un plafond de verre pour les outsiders. Ce n’est pas une mesure de qualité, c’est un miroir à prestige.
4. La recherche académique : publier ou périr (même inutilement)
Le nombre d’articles publiés dans des revues dites “à comité de lecture” pèse lourd dans les classements. Mais combien d’étudiants lisent ces papiers ? Combien de managers en tirent une idée utile ? On récompense des chercheurs pour leur capacité à se faire relire par d’autres chercheurs, dans une langue absconse, sur des sujets sans lien avec le terrain. On a troqué l’enseignement contre la bibliométrie.
5. La satisfaction des anciens : la note d’ego
Quant à sonder les anciens sur leur fierté d’appartenance, cela revient à demander à des ex-diplômés s’ils aiment leur trophée. Oui, ils sont fiers. Mais ça ne dit rien sur ce qu’ils ont appris, encore moins sur ce qu’ils transmettent. C’est un indicateur d’appartenance tribale, pas de valeur ajoutée pédagogique.
Classez vos écoles, on comptera les illusions
Les classements mesurent ce qui se compte vite – salaires, publications, partenariats – mais laissent de côté l’essentiel : la capacité à former des esprits libres, critiques et inventifs. En valorisant le vernis, ils poussent les étudiants à viser des écoles comme on coche une case, en espérant y trouver la clé du succès.
Mais beaucoup découvrent, une fois entrés, que derrière la promesse de l’excellence se cache un conformisme tranquille, des cours interchangeables, et une ambition sous vide. La grande école bien classée ne déçoit pas parce qu’elle est mauvaise – elle déçoit parce qu’elle promet plus qu’elle ne peut apporter à la personnalité et aux talents spécifiques de chacun.
Publié le mardi 03 juin 2025 .
3 min. 29
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