La sécheresse n’est plus une anomalie climatique, mais une réalité structurelle. En Europe comme ailleurs, les épisodes de stress hydrique se multiplient : 60 % du bassin méditerranéen pourrait connaître des pénuries chroniques d’ici 2040 selon l’ONU. Derrière cette crise environnementale se dessine un marché : celui de la rareté de l’eau. Les sociétés françaises, Veolia et Suez en tête, s’y positionnent désormais comme des acteurs mondiaux de la résilience.
L’eau, de ressource rare à levier de croissance
Comme le souligne l’étude Xerfi sur Le marché de l’eau et de l’assainissement publiée en 2025, le marché français est arrivé à maturité, contraint par une baisse structurelle de la consommation et par la montée en puissance des régies publiques. Pour les groupes privés, le relais de croissance passe à l’international, là où la sécheresse aiguise la demande en infrastructures, en technologies de dépollution et en solutions de réutilisation des eaux usées.
La conquête internationale des majors
Veolia a pris une longueur d’avance avec l’acquisition de Water Technologies & Solutions et son expansion en Amérique du Nord. Dans cette zone, les marchés industriels liés au traitement et au dessalement atteignent déjà plusieurs dizaines de milliards d’euros. En Afrique du Nord, le groupe a décroché en 2025 un contrat colossal au Maroc pour construire la plus grande usine de dessalement d’Afrique : 300 millions de m³ par an, soit de quoi alimenter 9 millions de personnes, sous concession de 35 ans. Suez, de son côté, s’est allié dès 2024 au groupe marocain Safari pour équiper les collectivités locales.
La technologie comme arme concurrentielle
Le marché mondial du dessalement et de la purification est estimé à 35,9 milliards de dollars en 2024 et devrait croître de 8,3 % par an jusqu’en 2034. L’osmose inverse domine déjà plus de 60 % de ce marché. Les capteurs intelligents, la réutilisation des eaux usées traitées (REUT) et l’IA appliquée à la maintenance prédictive renforcent encore l’avantage des groupes français. Veolia a même créé en 2025 Ekydra, une coentreprise dédiée à l’IA pour optimiser les réseaux.
Entre rente mondiale et bien commun
Cette mondialisation par la sécheresse soulève un paradoxe. L’eau reste un bien vital, et les critiques contre sa marchandisation montent. Le succès des majors dépendra de leur capacité à conjuguer rentabilité et responsabilité sociale. Les concessions opaques ou les hausses tarifaires mal acceptées peuvent devenir des bombes sociales, comme on l’a vu en Amérique latine. Pour s’imposer, les leaders français Veolia et Suez devront passer du statut de concessionnaires à celui de partenaires de l’économie durable.
Publié le jeudi 08 janvier 2026 .
3 min. 17
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