L’hydrogène a été au cœur du débat sur la décarbonation de l’industrie ces dernières années. Mais depuis quelques mois ce sujet est moins visible en raison des difficultés à faire émerger des projets émergents et à développer les usages.
L’hydrogène a été vu comme de la clef de voûte de la transition énergétique européenne en ce qu’il promettait de nombreuses réponses aux enjeux de décarbonation, tout en renforçant la souveraineté énergétique européenne. L’enjeu est d’avoir de l’hydrogène bas carbone mais celui-ci pour être compétitif dépend beaucoup du prix de l’électricité bas carbone.
Or, le coût de l’hydrogène ne dépend pas seulement de la technologie des électrolyseurs, mais aussi de la géographie, des infrastructures et du capital disponible. En d’autres termes, produire de l’hydrogène vert n’est pas la même chose en Australie, au Moyen-Orient ou en Europe.
Une étude technico-économique publiée en 2025 donne des éléments chiffrés pour comprendre l’enjeu du prix de l’hydrogène :
- L'hydrogène gris reste aujourd'hui le plus rentable avec un coût au kilo entre 1,50-2,50$, mais en Europe l’évolution du coût du CO2 devrait renchérir son coût progressivement
- L’hydrogène bleu a un prix au kilo entre 2,00 et 3,50$
- L’hydrogène vert est plus cher avec un coût au kilo entre 3,50-6,00$ mais pourrait baisser à mesure sur le coût de l’électricité baisse avec le développement d’énergies renouvelables
Il faut un coût d’électricité renouvelable à prix compétitif pour rendre accessible l’hydrogène verte. Certaines études parlent d’un coût entre 20 & 30$ par MWh ce qui lui permettrait d’arriver à une parité de coûts avec l’hydrogène fossile.
De nombreux autres défis se posent autour des infrastructures car aux écarts de coûts de production s’ajoutent les coûts de transport.
- L’exportation d’hydrogène sous forme gazeuse nécessite des pipelines spécifiques, coûteux à installer.
- C’est ici que l’Europe dispose d’un atout relatif puisqu’elle dispose déjà d’infrastructures de transport qu’elle pourrait réutiliser notamment dans le cadre de l’European Hydrogen Backbone
- Mais cette conversion a un coût puisqu’elle implique des coûts de mise aux normes, des défis de sécurité (l’hydrogène fragilise les aciers) et une coordination politique entre États membres. Autrement dit, un avantage potentiel, mais loin d’être immédiat.
L’Europe dispose d’atouts :
- Technologiques : elle a la capacité à produire les éléments clés pour la production d’hydrogène comme les électrolyseurs
- Institutionnels : elle peut définir les normes de certification de l’hydrogène bas-carbone, orienter les flux commerciaux via des mesures aux frontières et structurer un marché intégré
- Industriels
L’hydrogène n’est pas un pari perdu pour l’Europe, mais il impose de revoir l’équation.
La compétitivité géologique et foncière sera toujours défavorable face à des pays comme l’Australie. L’avantage européen se jouera ailleurs : dans l’usage intelligent de ses infrastructures, dans sa capacité à définir les règles du jeu mondiales et dans l’innovation technologique.
Mais le dilemme reste entier :
- Pour réduire sa dépendance au gaz, l’Europe est en train d’en construire une nouvelle.
- La vraie question est donc moins technique que politique : comment transformer cette dépendance inévitable en levier de puissance ?
Publié le jeudi 05 février 2026 .
3 min. 26
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