« Les solutions les plus simples sont souvent celles qui échouent le plus sûrement », rappelait Edward Luttwak dans Le paradoxe de la stratégie. Non parce qu’elles seraient naïves, mais parce qu’elles négligent qu’une organisation est un système complexe. Vouloir aplatir sans comprendre les rouages d’un ensemble, c’est déclencher une complexité plus redoutable encore. Et pourtant, dans l’entreprise comme dans l’État, chaque réforme brandit le même mot magique : simplifier. Mais l’objectif finit trop souvent en usine à gaz.
EDF : de la clarté promise au brouillard garanti
En mars 2024, EDF annonce une nouvelle organisation du parc nucléaire, censée renforcer lisibilité et efficacité. Dans les faits, la réorganisation multiplie les niveaux de coordination, redéfinit les périmètres sans les clarifier, et laisse les syndicats déplorer un flou accru dans la chaîne de décision. Objectif : la simplification. Résultat : un empilement.
Orange : quand simplifier désorganise
Même constat dans le privé. En 2023, Orange engage une refonte de son organisation commerciale pour « simplifier l’expérience client ». Fusion des canaux B2B/B2C, centralisation des fonctions support, allègement hiérarchique. Mais très vite, conflits de périmètre, rôles flous, perte de visibilité. Le réseau commercial parle de désorganisation généralisée. Là encore, la simplification complexifie le quotidien.
Une loi "Simplification" qui brouille les repères
Juin 2025 : le gouvernement adopte une loi pour « simplifier la vie économique ». Moins de Cerfa, moins d’autorisations. Mais les effets secondaires sont immédiats : inquiétudes écologiques, fiches de paie allégées mais jugées opaques, confusion sur les droits sociaux. On supprime des cases… mais on brouille les repères.
Le paradoxe bureaucratique de la simplification
Toute simplification appelle des garde-fous. Un formulaire en moins ? Il faut un décret d’application ou des notes de services dans le privé. Un organigramme allégé ? Il faut créer des fonctions transversales pour recoller les morceaux. Résultat : la simplification devient elle-même un chantier bureaucratique. Et donc une nouvelle source de complexité.
Pourquoi tant de complications ?
Parce que le vide fait peur. Supprimer, c’est perdre du pouvoir, des protections, des statuts. Alors on compense. Et surtout, la simplification est souvent un acte de communication, pas de transformation. Facile à annoncer, redoutablement difficile à mettre en œuvre.
Composer avec la complexité plutôt que l’effacer
Alors, la prochaine fois que l’on vous parle de simplification, posez-vous la question : simplifier quoi, pour qui, et à quel prix ? Derrière les belles intentions, il y a souvent des transferts de complexité, des zones d’ombre, et des perdants silencieux. Comme le rappelait Henry Mintzberg, « la complexité ne se gère pas par la simplification, mais par la compréhension ». De fait, la vraie simplification doit se construire avec beaucoup de courage face à ceux qui savent convertir la complexité en levier stratégique.
Publié le mercredi 03 décembre 2025 .
3 min. 09
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