- Il faut coopérer ! voilà une injonction de plus en plus fréquente. Que ce soit entre les services de renseignements français pour plus d’efficacité, entre les métiers d’une même entreprise pour plus de créativité, ou encore au sein d’une filière industrielle pour améliorer sa capacité de négociation face à des concurrents étrangers.
Et pourtant le quotidien nous montre combien cette injonction à la coopération est souvent peu suivi d’effet.
- Pourquoi ? Parce que la coopération est double, elle est duale, elle repose sur des mécanismes apparemment contradictoires et qu’il va falloir gérer conjointement.
Revenons à sa définition. La coopération c’est agir collectivement en vue d’une finalité donnée ; la coopération se développe dans le temps, et repose sur deux logiques de comportement : à la fois opportuniste et identitaire.
La logique opportuniste tout d’abord. On coopère par calcul : je coopère avec l’autre pour avoir accès à des ressources que je n’ai pas et qu’il détient. Sanofi coopère avec Exscientia pour avoir accès à son savoir-faire en intelligence artificielle et dans le même temps l’entreprise britannique coopère avec Sanofi pour bénéficier de compétences en développement et commercialisation de nouveaux traitements contre le cancer. La coopération dure tant que les gains pour chacune des parties excèdent les coûts. Cette coopération est dite complémentaire parce qu’elle repose sur la complémentarité des ressources apportées par chacune des parties.
L’autre forme de coopération est au contraire basée sur la ressemblance, une identité commune ; je coopère avec l’autre parce qu’il me ressemble, parce que nous faisons partie d’une même communauté de valeurs, d’histoire, de croyances. L’existence d’un syndicat professionnel, comme le MEDEF par exemple, repose sur cette forme de coopération. Nous la qualifions de coopération communautaire.
Toute la difficulté est qu’il faut arriver à mobiliser conjointement ces deux formes de coopération. Aucune ne peut en effet se développer sans l’autre, et ce pour une raison simple : la coopération s’inscrit dans le temps. Ainsi, si elle n’est pas accompagnée pas un intérêt individuel à être au MEDEF, la seule coopération communautaire s’essouffle et l’adhésion diminue. De même, si Sanofi et Exscientia n’ont pas un socle commun de croyances, la seule logique opportuniste peut rapidement faire exploser l’alliance. Ce raisonnement s’étend au-delà du management : le champ politique en est un bel exemple.
Il est vrai, on avoir individuellement, une préférence pour l’une ou l’autre forme de coopération, mais c’est bien la présence simultanée, au sein du collectif, de la coopération complémentaire ET de la coopération communautaire, de l’opportunisme ET du sentiment d’appartenance, qui permettra de faire tenir la relation dans le temps.
Créer une dynamique coopérative nécessite de dépasser la dualité des relations humaines, voilà toute la difficulté, mais en voilà aussi toute la force.
Bibliographie
Dameron, S. 2005. La dualité du travail coopératif. Revue Française de Gestion, n°158, p. 105-120.
Dameron, S. 2004. Opportunisme ou besoin d’appartenance ? Générer la coopération au sein d’équipes projet. M@n@gement, vol. 7, n°3, p. 137-160.
Dameron, S. & Josserand, E. 2007. Le développement d’une communauté de pratique, une analyse relationnelle. Revue Française de Gestion, n° 174, p. 131-148
Publié le mercredi 20 novembre 2024 .
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