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Ukraine-Russie : le divorce impossible

Publié le jeudi 24 avril 2014 . 4 min. 36

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Xerfi Canal présente l'analyse de Jean-Michel Quatrepoint, Journaliste-essayiste

L'Ukraine peut-elle se passer de la Russie ? La Russie peut-elle se passer de l'Ukraine ? Certainement pas. En tout cas, pas avant longtemps. On ne peut pas comprendre la crise ukrainienne sans analyser l'extrême imbrication des économies des deux pays, et je ne parle pas seulement du gaz.

Cette imbrication remonte à loin. À l'époque soviétique. Qu'il s'agisse du nucléaire, de l'industrie spatiale ou aéronautique, l'Ukraine jouait un rôle clé dans la fabrication des fusées soviétiques, des avions de transport. Une bonne partie des centrales nucléaires de l'ex-URSS étaient installées sur son territoire, notamment Tchernobyl.
Il y a près d'un quart de siècle, lorsque l'Ukraine a acquis son indépendance, les nouveaux dirigeants ont songé à s'autonomiser. Ils ont vite compris que c'était bien trop compliqué et que l'Occident ne leur offrait pas de véritable alternative économique.

Les deux pays ont donc continué à travailler et à commercer de concert, avec des hauts et des bas. Les oligarques des deux côtés prenant la place des hiérarques du parti. Même les dirigeants issus de la révolution orange, en 2004, se sont rendus par la suite aux réalités.

Ces réalités, ce sont que le tiers de la production ukrainienne est exportée vers la Russie. Pas seulement le blé produit à l'ouest, le sucre ou le charbon des mines du Donbass. Mais aussi des biens d'équipement. Toutes les villes de l'est de l'Ukraine, dont on égrène les noms depuis quelques semaines, abritent des usines qui produisent presque exclusivement pour le marché russe. Les unes fabriquent des wagons. Les autres des radars, des armes, des moteurs, pour les hélicoptères et les avions de l'armée russe.

Les scientifiques ukrainiens sont étroitement associés au programme spatial russe. Ils sont même à l'origine de la fusée Zenith, précurseur des nouveaux lanceurs. D'autres usines fabriquent des composants essentiels aux missiles balistiques nucléaires russes.

Aujourd'hui, la moitié des importations russes d'armement proviennent d'Ukraine. On comprend que la perspective d'une adhésion de Kiev à l'Otan ait agi comme un chiffon rouge pour Vladimir Poutine. Que le pays bascule totalement dans l'orbite occidentale, et surtout américaine, c'est tout l'appareil de défense russe, avec ses secrets technologiques, qui en serait déstabilisé.

Mais en sens inverse, l'Ukraine ne peut pas vivre sans la Russie, qui représente le tiers de ses importations. Il y a, bien sûr, le gaz, mais ce n'est pas le plus important. Il y a aussi le nucléaire. Les centrales ukrainiennes exportent leur électricité vers la Russie, mais importent le carburant nucléaire de Moscou. Un carburant produit, pour partie, avec de l'uranium extrait? des mines ukrainiennes. Les liens technologiques sont tels que l'on ne peut pas couper cela du jour au lendemain.

Pire, l'ensemble des industries métallurgiques de l'Est, qui vivent en symbiose avec l'économie russe, ne trouveraient pas de débouchés à l'ouest. D'abord, parce qu'elles ne sont pas compétitives. Ensuite, parce que les Européens ont d'autres priorités et d'autres besoins. Ainsi, les Américains avaient poussé les Ukrainiens à construire un nouvel avion de transport militaire, un successeur du célèbre Antonov. Mais il n'y a pas de marché, puisque Airbus développe l'A400M.

L'erreur des Européens, du moins des technocrates de la commission de Bruxelles, est de ne pas avoir compris cette extrême imbrication des deux économies, des deux appareils industriels. Détacher l'Ukraine de la Russie impliquait, implique de mettre immédiatement sur la table les dizaines de milliards d'euros nécessaires, non pas sous forme de prêts, mais de dons. Le temps de restructurer l'ensemble de l'appareil de production ukrainien. C'est une opération de la même ampleur que celle de la réunification de l'Allemagne. On comprend les réticences qui se font jour dans ce pays. Rappelons pour mémoire que la réunification a coûté entre 150 et 200 milliards d'euros à l'Allemagne, et pour partie aux autres Européens. Les Américains, qui cherchent à tirer les ficelles, proposent généreusement? 1 milliard d'euros, non pas de dons, mais de prêts.

Sauf à basculer dans une guerre civile dévastatrice, l'Ukraine et la Russie sont donc condamnées, une fois de plus, à trouver un compromis.

Jean-Michel Quatrepoint, Ukraine-Russie : le divorce impossible, une vidéo Xerfi Canal

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