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L’économie vénézuélienne se résume en trois points : une ultra-dépendance au pétrole ; une structure productive durablement fragilisée par près de trente années d’économie administrée ; une économie conduite à l’agonie par les sanctions américaines. La démographie constitue l’indicateur le plus visible et durable de la catastrophe.

Un exode massif qui mine le potentiel du pays

L’immigration nette — soit la différence entre les arrivées et les départs sur le territoire — est négative. Elle se rapproche de cinq millions de personnes depuis l’arrivée au pouvoir de Nicolás Maduro en 2013 et dépasse ce seuil symbolique si le point de départ est l’accession à la tête de l’État d’Hugo Chávez : en à peine plus de vingt-cinq ans, près d’un quart de la population a quitté le pays. Pas seulement pour fuir l’oppression politique, mais pour échapper à la pauvreté. Malgré un solde naturel demeuré positif, la population recule depuis 2017, en particulier dans les classes d’âge actives, ce qui freine l’activité économique et hypothèque la croissance future, même si l’hémorragie migratoire semble s’être récemment ralentie.

La rente pétrolière comme moteur d’un déséquilibre structurel

Au cœur du désastre : la maladie hollandaise, incarnée ici par l’hyper-concentration de la structure productive sur l’exploitation et l’exportation de pétrole. La compilation de différentes sources permet de dégager quelques ordres de grandeur significatifs : le secteur pétrolier représente environ un quart du PIB ; il fournit plus de la moitié des recettes publiques ; il concentre près de 90% des exportations. Depuis plusieurs décennies, le Venezuela a privilégié la valorisation de ses ressources naturelles au détriment de son industrie manufacturière. La rente pétrolière, au lieu de soutenir l’investissement productif et la modernisation du pays, est redistribuée en partie à la population sous forme d’aides et de subventions, ce qui favorise le clientélisme, la corruption et rend l’ensemble du modèle extrêmement dépendant des recettes d’exportation de l’or noir. Lorsque celles-ci se contractent, l’économie entre mécaniquement en crise.

Un effondrement économique aux marqueurs extrêmes

Or, du côté des volumes, la production est passée d’un niveau proche de trois millions de barils par jour au début des années 2010 à moins d’un million depuis 2020. La mauvaise gestion de PDVSA, la compagnie pétrolière d’État, le sous-investissement chronique dans les infrastructures et, pour achever ce processus, les sanctions américaines mises en place à partir de 2017 ont brisé ce poumon vital de l’économie nationale. À cela s’ajoute un effet-prix défavorable, marqué par l’effondrement des cours du brut en 2014 puis en 2020, aggravé par les importantes décotes (entre 15 et 20 dollars) consenties par Caracas pour écouler un pétrole soumis à l’embargo américain. Cette contrainte supplémentaire intervient alors que l’administration américaine s’était déjà attachée, dès 2017, à couper l’accès du Venezuela aux marchés financiers internationaux. La stratégie a porté ses fruits : plusieurs agences de notation ont déclaré le pays en défaut partiel sur sa dette dès novembre de la même année.

Quatre marqueurs permettent de mesurer l’ampleur de cette descente aux enfers :

• Le PIB s’est effondré de près de 70% en douze ans, l’un des reculs les plus sévères observés depuis la Seconde Guerre mondiale pour un pays non engagé dans un conflit armé.
• L’une des manifestations les plus concrètes de la crise réside dans la dégradation de l’accès aux services publics : seuls 36% des habitants disposent d’un accès quotidien à l’eau potable, tandis que 47% subissent des coupures d’électricité de plusieurs heures chaque semaine.
• À cela s’ajoute un régime d’hyperinflation qui, de l’aveu même de la Banque centrale, a culminé à plus de 65 000% en 2018, et au double selon le Fonds monétaire international. Après un bref répit en 2024, la hausse des prix a de nouveau dépassé 500% l’année suivante.
• Le bolivar en subit directement les conséquences. La réforme monétaire du 1er octobre 2021 a supprimé six zéros à la monnaie nationale : le billet d’un million de bolivars, devenu quasi sans valeur, a été ramené à un simple bolivar. Entre janvier 2025 et 2026, la monnaie vénézuélienne a encore perdu plus de 80% de sa valeur face au dollar.

Le Venezuela est l’un des cas les plus extrêmes d’effondrement économique.


Publié le lundi 12 janvier 2026 . 5 min. 25

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