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Après plus de trois décennies de désarmement pour récolter les fameux « dividendes de la paix », l’Europe s’est brutalement réveillée. L’enlisement de la guerre en Ukraine, le bellicisme russe et l’imprévisibilité de l’allié américain l’ont poussée à accélérer le renforcement de sa défense. Cela a pris la forme du plan « ReArm Europe » (Réarmer l’Europe, en français), qui prévoit de mobiliser 800 milliards d’euros d’ici 2030 pour porter les dépenses militaires entre 3% et 3,5% du PIB. Dans ce plan, la Commission propose d’activer la clause dérogatoire nationale du Pacte de stabilité et de croissance, afin d’augmenter les dépenses militaires sans déclencher de procédure pour déficit excessif.
Un virage stratégique encore plein d’incertitudes
Si tous les pays relevaient leur effort de défense de 1,5 point de PIB, 650 milliards d’euros pourraient être mobilisés en quatre ans. La Commission prévoit aussi d’emprunter 150 milliards d’euros et de les prêter aux États, à condition qu’ils procèdent à des achats conjoints d’armements en Europe. Un vrai virage… mais. Trois questions restent en suspens :
• Le plan, fondé sur les dépenses nationales des 27 pays membres, n’est pas contraignant. Certains États ne risquent-ils pas de se dérober et de jouer les passagers clandestins ?
• L’effort annoncé suffira-t-il à combler le retard accumulé ?
• Enfin, à qui profitera-t-il réellement ?
Des trajectoires nationales trop hétérogènes
Un rapide état des lieux montre que l’UE est encore loin du compte. Elle part de bas : les budgets de défense représentent en moyenne à peine 1,5% du PIB et tous les pays ne suivent pas la même trajectoire. Seule une dizaine d’États peut raisonnablement prétendre atteindre l’objectif. La Pologne, parce qu’elle se situe déjà au-dessus de la cible. Les pays baltes, les pays nordiques et une large partie des États issus de l’ancien bloc de l’Est s’en approchent et vont accélérer, menace russe et retrait américain obligent. Malgré une nette accélération, l’Allemagne part de trop loin pour atteindre ce niveau à court terme, tout comme la France, freinée par l’état de ses finances publiques. Enfin, plusieurs grandes économies européennes — comme l’Espagne, le Portugal ou l’Irlande — se limitent au strict nécessaire et ne semblent pas prêtes à changer de braquet. Bref, la cible des 3-3,5% du PIB de dépenses militaires est un vœu pieux.
Une Europe encore dépendante et en retrait
Or, l’UE décroche face aux États-Unis, à la Russie et à la Chine. Pour apprécier les ordres de grandeur, il faut raisonner en parité de pouvoir d’achat : en défense, une large part du budget finance des salaires, de la maintenance et des intrants locaux. Un même milliard « nominal » achète donc davantage en Chine ou en Russie qu’en France ou aux États-Unis. Ainsi calculé, l’UE consacre presque deux fois moins de moyens à sa défense que les États-Unis, et environ 10% de moins que la Chine. Et ce n’est qu’un instantané. Une armée se construit dans la durée : il faut empiler les budgets. Entre 2004 et 2024, les États-Unis ont investi près de 14 500 milliards de dollars dans leur défense, la Chine environ 7 000, et l’Europe 5 500 seulement.
Reste l’épineuse question : à qui profitera l’effort européen, alors que 54% des importations d’armes des États européens proviennent des États-Unis ? En face, l’offre européenne demeure fragmentée, notamment à cause de la règle du retour géographique : chaque pays contributeur récupère, sous forme de commandes pour son industrie, l’équivalent de sa participation. Le retrait progressif des États-Unis et leur posture de plus en plus impériale mettent à nu les fragilités d’une Europe dépendante, placée en position de vassalité. Mais la prise de conscience est là. C’est un premier pas.
Un virage stratégique encore plein d’incertitudes
Si tous les pays relevaient leur effort de défense de 1,5 point de PIB, 650 milliards d’euros pourraient être mobilisés en quatre ans. La Commission prévoit aussi d’emprunter 150 milliards d’euros et de les prêter aux États, à condition qu’ils procèdent à des achats conjoints d’armements en Europe. Un vrai virage… mais. Trois questions restent en suspens :
• Le plan, fondé sur les dépenses nationales des 27 pays membres, n’est pas contraignant. Certains États ne risquent-ils pas de se dérober et de jouer les passagers clandestins ?
• L’effort annoncé suffira-t-il à combler le retard accumulé ?
• Enfin, à qui profitera-t-il réellement ?
Des trajectoires nationales trop hétérogènes
Un rapide état des lieux montre que l’UE est encore loin du compte. Elle part de bas : les budgets de défense représentent en moyenne à peine 1,5% du PIB et tous les pays ne suivent pas la même trajectoire. Seule une dizaine d’États peut raisonnablement prétendre atteindre l’objectif. La Pologne, parce qu’elle se situe déjà au-dessus de la cible. Les pays baltes, les pays nordiques et une large partie des États issus de l’ancien bloc de l’Est s’en approchent et vont accélérer, menace russe et retrait américain obligent. Malgré une nette accélération, l’Allemagne part de trop loin pour atteindre ce niveau à court terme, tout comme la France, freinée par l’état de ses finances publiques. Enfin, plusieurs grandes économies européennes — comme l’Espagne, le Portugal ou l’Irlande — se limitent au strict nécessaire et ne semblent pas prêtes à changer de braquet. Bref, la cible des 3-3,5% du PIB de dépenses militaires est un vœu pieux.
Une Europe encore dépendante et en retrait
Or, l’UE décroche face aux États-Unis, à la Russie et à la Chine. Pour apprécier les ordres de grandeur, il faut raisonner en parité de pouvoir d’achat : en défense, une large part du budget finance des salaires, de la maintenance et des intrants locaux. Un même milliard « nominal » achète donc davantage en Chine ou en Russie qu’en France ou aux États-Unis. Ainsi calculé, l’UE consacre presque deux fois moins de moyens à sa défense que les États-Unis, et environ 10% de moins que la Chine. Et ce n’est qu’un instantané. Une armée se construit dans la durée : il faut empiler les budgets. Entre 2004 et 2024, les États-Unis ont investi près de 14 500 milliards de dollars dans leur défense, la Chine environ 7 000, et l’Europe 5 500 seulement.
Reste l’épineuse question : à qui profitera l’effort européen, alors que 54% des importations d’armes des États européens proviennent des États-Unis ? En face, l’offre européenne demeure fragmentée, notamment à cause de la règle du retour géographique : chaque pays contributeur récupère, sous forme de commandes pour son industrie, l’équivalent de sa participation. Le retrait progressif des États-Unis et leur posture de plus en plus impériale mettent à nu les fragilités d’une Europe dépendante, placée en position de vassalité. Mais la prise de conscience est là. C’est un premier pas.
Publié le mardi 27 janvier 2026 .
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