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Faut-il supprimer les prépas ?

Publié le mardi 10 septembre 2019 . 4 min. 18

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Les classes préparatoires aux grandes écoles, les CPGE, ne font plus le plein.  Après la  rentrée 2019, la carte interactive de Parcoursup indiquait que près de 400 d’entre-elles offraient encore des places vacantes aux candidats ! Et l’an dernier, malgré la hausse de 2,1% du nombre des étudiants, les effectifs des prépas publiques ou sous contrat avec l’Etat ont baissé de 1,6%... D’ailleurs, la faiblesse de leurs effectifs tranche avec leur importance dans l’imaginaire de l’excellence à la française : sur 2,7 millions d’étudiants en France, seulement 85 100 fréquentaient une prépa aux grandes écoles au cours de l’année scolaire 2018-2019.


La décrue touche essentiellement les prépas aux écoles de commerce dont les effectifs ont fondu de plus de 1 000 élèves l’an dernier, tombant à moins de 19 000 élèves sur toute la France. Par contre, les effectifs des prépas ingénieurs ou littéraires restent quasiment stables. Le Professeur Pierre Dubois prévient que « Pour les CPGE économiques, ce n’est peut-être que le début d’un déclin qui conduirait à leur suppression à terme ». Le spécialiste de l’enseignement supérieur pointe la concurrence des filières post-bac dans les écoles de commerce et de management, auxquelles on pourrait d’ailleurs ajouter celles d’universités comme Dauphine ou des Sciences Po. Et il ajoute que « Le développement accéléré de diplômes de bachelor en 3 ans pourrait donner le coup de grâce à la filière » des classes prépas commerciales.


Il ne faut pas négliger non plus un signal faible apparu ces dernières années et qui touche lui aussi en priorité les classes préparatoires commerciales: le départ précoce de certains bacheliers très favorisés vers des établissements d’élite étrangers payants. Leurs coûteuses destinations incluent HEC Lausanne en Suisse –mais aussi sa voisine l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, l’EPFL, pour les ingénieurs-, ou bien l’ESADE et l’Instituto de Empresa, écoles de commerce situées de l’autre côté des Pyrénées, ainsi que les Bachelors des grandes universités britanniques, sans oublier la voie québécoise avec l’université Mc Gill ou HEC Montreal….  Bref, les adresses premium du marché mondial de l’éducation, ce marché auquel s’adressent justement une partie des Bachelors créés par les grandes écoles de commerce française.


Que vont devenir les classes préparatoires dans cette nouvelle donne ? Les grandes écoles ne tarissent pas d’éloges sur cette exception française qui sélectionne et forme, à la dure, leurs meilleurs éléments.  La présence des prépas sur tout le territoire, favorable à la démocratisation de l’accès aux grandes écoles, est souvent mise en avant.


Mais il y a prépa et prépa. Prépa d’élite et prépa de proximité. Parmi les premières figurent notamment les grands lycées des grandes villes qui sont une voie royale vers les très grandes écoles. Totem de l’élitisme républicain, les classes préparatoires aux grandes écoles sont au total fréquentées pour plus de moitié par des enfants de cadres et professions intellectuelles supérieures : c’est la filière où ils sont le plus surreprésentés en premier cycle. Et c’est aussi celle dont le coût par étudiant est le plus élevé pour l’Etat : 15 760 euros par an, un surcoût d’un tiers par rapport à l’université, qui s’explique selon le ministère par un meilleur taux d’encadrement et la présence d’enseignants mieux rémunérés et astreints à des horaires plus faibles.


On peut s’interroger sur cet effort public notamment dans le cas des classes prépas commerciales qui permettent à nombre d’élèves d’accéder à des grandes écoles privées, sans engagement de service à l’égard de l’Etat, et où ils devront payer des frais de scolarité avoisinants les 15 000 euros par an. De quoi défier la logique.


Le déclin de l’attractivité des classes préparatoires, en particulier commerciales, sera peut-être l’occasion de revoir le mille-feuille  français de l’enseignement supérieur. Les Grandes écoles  de commerce, par exemple, plutôt que de créer des Bachelors, pourraient ouvrir leurs propres classes préparatoires intégrées, au besoin en commun, comme l’ont déjà fait, par exemple, les écoles de chimie du réseau Gay-Lussac. Les lycées pourraient ainsi mieux utiliser leurs ressources au service de l’enseignement supérieur sur le territoire !


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