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La dérive inquiétante des effectifs des écoles de commerce

Publié le mardi 17 septembre 2019 . 4 min. 43

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L’inflation des effectifs des écoles de commerce a de quoi donner le tournis ! Depuis 2000, pendant qu’en France le nombre d’étudiants augmentait globalement de 25%, les effectifs des écoles de commerce, de gestion et de vente ont quasiment triplé, pour atteindre plus de 187 000 étudiants en 2018-2019 ! Même en ne comptant que les écoles reconnues par l’Etat et qui délivrent des diplômes visés par l’Etat, le pays compte désormais plus de 141 000 étudiants dans 105 écoles de commerce, soit une multiplication par 2,3  des effectifs étudiants en 18 ans...


Pourquoi une telle envolée?  D’abord parce que les écoles de commerce, confrontée à la montée de leurs coûts, ont augmenté la taille de leurs promotions en même temps qu’elles rehaussaient leurs tarifs. Elles ont aussi créé des nouveaux diplômes, véritables produits dérivés, rentables pour elles, à coté de leur Programme Grande Ecole : après les mastères spécialisés, on a assisté ces dernières années à la flambée des créations de diplôme de Bachelor à Bac +3 ou Bac +4. Réputées donner accès à de beaux débuts de carrière, et soignant leur marketing, les écoles de commerce ont réussi à attirer de nombreux candidats, en France et à l’international, et à remplir les classes. Certaines écoles postbac sont aussi  parvenues à se positionner dans les premières places des classements ou à atteindre des niveaux honorables et ont augmenté leurs promotions, notamment en ouvrant de nouveaux campus.


Surfant sur la vague, plusieurs dizaines de nouvelles écoles de commerce se sont même créées au cours des dernières années. Ce secteur « hors-cote », à la valeur incertaine, a réussi, lui aussi, à attirer de nombreux candidats : plus de 45 000 étudiants sont inscrits dans ces établissements, majoritairement non reconnus par l’Etat, et dont aucun diplôme n’est visé par le ministère… Ce secteur soulève des problèmes bien spécifiques.


Au total, il y a à boire et à manger au sein des 333 écoles de commerce de France et parmi leurs multiples diplômes. Le portrait-robot de l’étudiant s’est aussi diversifié. Seulement un nouvel élève sur quatre, l’an dernier, a rejoint une école de commerce en sortant d’une classe préparatoire aux grandes écoles, des classes prépas dont les effectifs ont d’ailleurs baissé nettement l’an dernier. 


Chaque segment de cette filière est confronté à ses propres défis mais la stratégie du nombre pourrait atteindre ses limites. Les très grandes écoles, installées au sommet des classements internationaux comme HEC, Essec ou ESCP Europe, et celles qui les suivent immédiatement dans le Top 10 du classement français, sont les moins vulnérables. Même chères, elles attirent car elles restent un investissement jugé rentable. C’est en tout cas le pari de l’EM Lyon, qui a choisi de se privatiser totalement, et prévoit un fort développement.


Mais qu’en est-il en-dessous ? Les écoles dites  « du milieu » et « du bas » du tableau sont dans une situation stratégique moins évidente, et disposent de moins de marges de manœuvres pour augmenter leurs effectifs et leurs prix. Elles auront du mal à assumer les coûts élevés des investissements dans la digitalisation, dans la recherche et l’internationalisation, qui permettent de se maintenir dans la course. Or les chambres de commerce ont de moins en moins les moyens de les tenir à bouts de bras. Une nouvelle phase de consolidation pourrait donc s’ouvrir, notamment chez les anciennes Sup de Co, avec des rapprochements, comme ceux qui ont déjà conduit à la création de Skema –fusion de Sophia-Antipolis et Lille- ; de Neoma –à partir de Reims et Rouen- et Kedge avec Marseille et Bordeaux. Ces opérations sont délicates, comme l’a aussi montré le fiasco passé de la création de France Business School. Finalement, certaines écoles de commerce pourraient tout simplement redevenir de simples institutions d’enseignement, larguant le coût de la recherche ou de l’internationalisation, en devenant le campus d’une autre école. Arrêtant de jouer la carte de l’institution généraliste, elles pourraient aussi afficher une spécialisation plus forte de leurs enseignements, liée notamment au tissu économique régional.


On le voit, la fuite en avant marketing, des frais de scolarité, avec une inflation d’étudiants et de diplômes à géométrie variable, ne saurait s’éterniser. La pérennité de nombre d’écoles de commerce dépendra d’une plus grande rigueur et cohérence stratégique.


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