Les entreprises françaises ne sont plus simplement en concurrence pour des parts de marché : elles sont désormais l’objet d’attaques systématiques. Le rapport parlementaire déposé à l’Assemblée nationale le 16 juillet 2025 constate d’ailleurs que la France « fait aujourd’hui face à une intensification sans précédent de la guerre économique ».
Panorama chiffré des alertes
Le même rapport mentionne qu’entre 500 et 550 « atteintes » ont été identifiées chaque année pour la base industrielle et technologique de défense, et qu’en 2024 plus de 750 alertes de sécurité économique ont été recensées — contre la moitié environ quatre ans plus tôt.
Multiplication des modes opératoires
L’espionnage économique ne ressemble plus aux clichés d’antan. Il passe par des intrusions numériques, des « approches relationnelles » (par exemple via réseaux sociaux professionnels), des prises de participation ou des acquisitions stratégiques. Le rapport parle d’« indiscrétions internes » pour plus d’un tiers des actions hostiles.
Le paradoxe de l’ouverture française
Le modèle français d’innovation repose fortement sur l’ouverture — coopération, échanges internationaux, partage de données. Mais cette ouverture devient un vecteur de vulnérabilité : le rapport appelle à « mettre fin à la naïveté pour préserver les intérêts stratégiques ».
Des exemples concrets à méditer
Prenons quelques exemples très parlants. Une PME travaillant pour l’industrie de défense se voit proposer un partenariat international séduisant. En réalité, derrière le logiciel de gestion partagé, se cache un outil qui aspire discrètement les métadonnées de sa R&D.
Autre scénario : un prétendu « fonds d’innovation » approche des cadres via un grand réseau professionnel. Objectif ? Les recruter… ou plutôt leur soutirer un savoir-faire stratégique.
Et ce n’est pas anecdotique : selon le rapport parlementaire, près de 80 % des attaques visent des PME, beaucoup moins protégées que les grands groupes.
Gouvernance et flux d’information : enjeux clés
L’intégration de la sécurité économique doit sortir du seul périmètre IT : elle doit être traitée par la direction générale. Il s’agit de cartographier les flux sensibles, définir les droits d’accès, surveiller les collaborations externes et les intrusions internes.
Les leviers d’action stratégiques
Le rapport parlementaire propose plusieurs leviers : la généralisation des proxy boards pour protéger les sociétés stratégiques sous contrôle étranger, un encadrement renforcé des investissements dans les secteurs sensibles, et un accroissement des moyens dédiés à la sécurité et à l’intelligence économiques. L’enjeu, c’est de passer d’une logique de réaction à une véritable culture de prévention.
Vigilance : un avantage compétitif
Autant le dire, l’inaction équivaut à de la vulnérabilité et à la perte de compétitivité dans un domaine où la France a pourtant des atouts à faire valoir. Aujourd’hui, la différence entre deux entreprises comparables ne se joue plus seulement sur le produit, le prix ou la technologie… mais sur la capacité à protéger ce qu’on sait, à anticiper les menaces, et à maîtriser son exposition.
Sources en annexe :
• Rapport d’information n° 1757 (Assemblée nationale), 16 juillet 2025. assemblee-nationale.fr+1
• Article « Guerre économique : « mettre fin à la naïveté » pour préserver les intérêts stratégiques de la France », LCP – La Chaîne Parlementaire, 17 juillet 2025. LCP-Assemblée nationale
• « La guerre économique : Rapport Assemblée Nationale » – Veille Mag, 26 juillet 2025. www.veillemag.com
Publié le mercredi 05 novembre 2025 .
3 min. 21
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