Le discours politique fonctionne désormais comme un fil d’actualité où chaque séquence efface la précédente. En France, une réforme improbable surgit le lundi pour être amendée de façon contradictoire le lendemain. À Londres, un engagement solennel se dissout en trois jours. Aux États-Unis, Donald Trump adapte sa ligne à l’humeur du moment. La stratégie n’est plus la cohérence, mais l’occupation continue du terrain médiatique.
Entrée dans l’ère de la post-cohérence
Après la post-vérité et la post-vulgarité, s’impose la post-cohérence : la contradiction cesse d’être un problème. Le politique avance par chocs successifs. Plus besoin de vision, mais seulement des événements chocs. Les positions et les postures défilent comme des flashs d’info et des tweets, sans ligne directrice.
La fin de l’architecture narrative
En vérité, nous sommes entrés dans une démocratie d’interaction, gouvernée par l’instant et l’émotion. Le temps long s’efface et la cohérence devient un frein. Ce n’est plus un projet qui sert de guide. Nous sommes désormais dans l’ajustement permanent. Les volte-face ne sont plus des choix raisonnés, mais l’effet mécanique d’un pouvoir emporté par la pression de l’immédiat.
La saturation comme méthode
Multiplier les annonces contradictoires n’est plus un accident : c’est devenu une stratégie. Saturer l’espace médiatique a pour vocation d’empêcher tout récit concurrent de s’installer. Rien ne se fixe, tout se brouille, glisse et s’efface. L’objectif n’est pas d’éclairer le débat, mais au contraire de le rendre impénétrable et même illisible.
La cohérence performative selon Trump
Donald Trump pousse cette logique à son point de rupture : il ne cherche ni la vérité ni la persuasion, mais la domination immédiate. Chaque phrase est conçue pour chasser la précédente : l’incohérence devient une méthode. Il gouverne comme on anime un talk-show. Sa cohérence n’est ni conceptuelle ni doctrinale, mais performative : gagner la séquence, imposer le tempo, capter l’attention. L’enjeu n’est pas d’avoir raison, mais de prévaloir dans l’instant. Le récit se recompose sans cesse.
Le contre-modèle autoritaire
Il est à l’opposé de Poutine et de Xi Jinping, qui fondent leur action sur une cohérence totale, répétée sans relâche. Leur force découle d’un récit unifié, porté par une hyper-cohérence interne. Elle puise dans une mémoire culturelle profonde encadrée d’une rhétorique implacable. Là où Trump sème à tous vents, eux concentrent le tir. Deux stratégies opposées, une même finalité : désarmer la critique.
De la cohérence à la post-cohérence
Qu’elle soit déstructurée comme chez Trump ou hyper-structurée comme chez Poutine et Xi Jinping, la cohérence n’est plus une exigence intellectuelle mais une technique, mobilisée ou abandonnée selon l’effet recherché. Deux styles opposés, une même finalité : neutraliser la critique. D’où le basculement : de la cohérence comme exigence intellectuelle, nous passons à la post-cohérence comme nouveau mode opératoire du pouvoir.
Publié le mercredi 10 décembre 2025 .
3 min. 29
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