Je suis membre du comité de direction de Xerfi. J’ai en charge la direction des études, mais je suis également ingénieur en intelligence artificielle. Autrement dit, je vis chaque jour au croisement de deux temporalités : le temps long de la réflexion stratégique… et la vitesse fulgurante des algorithmes.
La promesse de la vitesse
Pendant des années, nous avons rêvé de cette accélération. Des outils capables de condenser des montagnes de données. De produire en quelques minutes ce qui demandait autrefois des jours. Ce rêve, l’intelligence artificielle l’a réalisé. Et comme souvent, quand un rêve se réalise trop bien… il commence à inquiéter et révéler des failles.
Le jour où tout devint trop parfait
Ces dernières années, l’intelligence artificielle générative a accompli des progrès spectaculaires. Je vois passer des rapports d’une perfection formelle, entièrement produits par des machines bien entrainées. Tout y semble juste : cohérence, clarté, rigueur. Et pourtant, mon expérience me dit que tout y sonne creux. Aucune intuition, aucune tension, aucun doute. Le texte paraît exact, mais il est sans âme. À mesure que l’IA progresse, je comprends de mieux en mieux que la vitesse porte en elle un soupçon - non celui de l’erreur, mais celui de l’absence : absence de regard, de discernement, d’intelligence humaine, de véritable expertise. En vérité, l’IA sabote les meilleures idées.
Le discernement ne s’automatise pas
Délivrer trop vite, c’est livrer sans recul. Car penser, c’est prendre le temps de douter, de reformuler, de comparer. C’est dans cette lenteur-là que naît la solidité d’une idée.
Le discernement ne s’automatise pas. Il se forge dans la confrontation des points de vue, les détours de la pensée, les hésitations où l’esprit affine sa pensée.
Alors que là où la machine déroule, l’esprit humain s’arrête, revient, s’ajuste.
La créativité prend son temps
La créativité, elle aussi, a besoin de lenteur. Les idées originales ne surgissent pas dans la précipitation. Elles apparaissent dans les marges du temps, dans les pauses, les silences, les digressions. L’IA, elle, ignore ces pertes de temps fructueuses. Elle produit des cohérences - pas des trouvailles.
Le temps, nouvelle mesure du discernement
Aujourd’hui, la valeur se déplace. Dans un monde saturé de contenus instantanés, ce que l’on reconnaît, c’est la trace visible d’une intelligence humaine. Le temps devient alors un indicateur de discernement. Le signe d’une maîtrise, non d’une dépendance technologique.
Le luxe de penser lentement
Alors, laissez-moi donc faire ici l’éloge de la lenteur. Non par nostalgie - mais par lucidité. Parce qu’à l’ère de l’IA, le temps n’est plus un coût. C’est la condition même de la vérité, de la rigueur et du sérieux. Et penser lentement, aujourd’hui, est peut-être la dernière preuve de la compétence et de l’intelligence.
Publié le mercredi 12 novembre 2025 .
2 min. 39
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