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Des entreprises ont peur de la dette : ce n'est pas le moment

Enregistré le mercredi 15 juillet 2020 . 3 min. 50

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On sait que même en temps normal beaucoup de PME sont sous-financées, et donc qu’elles ne peuvent pas réaliser pas toutes leurs opportunités d’investissement. Traditionnellement on explique ce sous-financement avec le rationnement de l'offre de crédit.


Selon cette théorie pour diminuer le sous-investissement et permettre aux entreprises de réaliser tout leur potentiel, il suffit de rendre le crédit plus accessible par exemple avec des garanties partielles pour le préteur. C’est que les différents gouvernements ont essayé de faire pour éviter un effondrement de l’économie à cause de la crise du Covid.


Le problème est que depuis quelques années nous savons qu’il n’y a pas seulement du rationnement du côté de l’offre de crédits, mais également du côté de la demande. Dit autrement, souvent ce ne sont pas les banques qui refusent d'accorder des crédits, mais les entrepreneurs qui refusent d’endetter l’entreprise même s’ils savent que l’elle aurait besoin de financements.


Ce phénomène semble loin d'être négligeable. Selon les différentes études on observe par exemple en Grande Bretagne et en France qu’entre 8 et 20% d’emprunteurs potentiels ne postulent jamais pour un crédit. On peut également montrer qu’entre un tiers et la moitié de ces entreprises auraient obtenu un crédit si elles en avaient demandé. Il y donc potentiellement des centaines de milliards d’investissements profitables non réalisés.  Pire, on observe que ce problème d’auto-rationnement s'aggrave pendant des crises économiques. Cela pourrait expliquer pourquoi en France seulement un tiers du montant prévu pour le PGE a été distribué et pourquoi aux Etats Unis un programme équivalent, le Main Street Loan Program a été à peine été utilisé.


Tout cela peut avoir un impact macroéconomique important. Les PME qui s'auto-rationnent réduiront leur activité économique, ce qui entraînera des retombées négatives pour d'autres entreprises et finit par réduire la croissance économique à long terme.

 
Alors pourquoi cette aversion à l’endettement ? En partie ça peut être rationnel. Si vous anticipez que de toute façon vous votre crédit ne sera pas approuvé, vous n’allez pas perdre du temps avec des procédures de demandes de crédit compliquées, en particulier si vous traversez une crise qui demande toute l’attention de l’entrepreneur.  A priori ce type de problèmes n’est pas trop difficile gérer. Il suffirait de concevoir des procédures d’application simplifiées, ce qui n’est malheureusement pas le cas pour beaucoup des programmes de soutien.


Mais en plus de ce rationnement rationnel il existe une aversion à l’endettement plus irrationnelle et plus difficile à éviter. Cette aversion peut avoir plusieurs raisons, mais elle est souvent liée soit à une aversion excessive au risque soit a des aspects culturels. On sait notamment que beaucoup de religions ont une vision très négative de l’endettement et cela peut influencer le comportement de certains entrepreneurs. 


Cela ne veut pas dire que cette aversion à l’endettement est insurmontable. Par exemple nos recherches montrent que dans de pays en voie de développement, ce type d’aversion baisse fortement avec le niveau éducatif de l’entrepreneur.

Evidemment augmenter le niveau éducatif n’est pas une solution pour le problème d’auto-rationnement actuel. Ceci dit, cette observation peut donner des pistes sur comment on peut encourager les entrepreneurs à utiliser de la dette. Notamment les banques devraient rassurer les entrepreneurs en élaborant avec eux de différents scenarios financiers. Seul un effort majeur axé sur le conseil et la communication permettra de surmonter l'aversion existante pour l'endettement et le découragement des emprunteurs.


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