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Depuis le 1er décembre, l’Assurance maladie a généralisé à l’ensemble du territoire le contrôle en visioconférence des arrêts de travail pour les patients ne nécessitant pas d’examen clinique. Cette mesure n’a rien d’anodin : elle traduit la volonté du gouvernement d’enrayer une dérive coûteuse pour la Sécurité sociale, avec une facture passée en moins de quinze ans de 7 à 12 milliards d’euros pour les régimes de base. L’année 2020 marque à cet égard un tournant majeur : après une décennie de hausse contenue – inférieure à 3% par an –, la progression des indemnités journalières maladie s’est soudainement emballée pour atteindre 6,6% l’an, soit un bond de 38% en cinq ans. Des facteurs objectifs expliquent en partie cette accélération post-crise sanitaire. 1 – Les salaires – base de calcul des indemnités journalières – ont fortement augmenté avec le retour de l’inflation, avant de décélérer à mesure que la hausse des prix s’est atténuée. 2 – À cela s’ajoute un effet volume lié à la forte expansion de l’emploi salarié privé : plus il y a de salariés, plus les situations susceptibles de conduire à un arrêt maladie se multiplient mécaniquement. Là encore, la courbe s’est récemment aplatie.

Des facteurs structurels qui s’accumulent

S’ajoutent enfin des transformations structurelles qui favorisent la hausse du nombre d’arrêts maladie, au premier rang desquelles le vieillissement de la population active, plus sujette aux pathologies chroniques. Deux effets se cumulent : le vieillissement naturel de la population dans son ensemble, accentué par un taux d’emploi qui progresse fortement aux âges les plus élevés sous l’effet des réformes des retraites. Il est indéniable que tous ces facteurs jouent, tout comme la montée de la précarité. Mais les deux premiers – salaires et emploi salarié – s’atténuent progressivement, tandis que les deux autres (vieillissement et précarisation) relèvent de tendances de long terme qui ne présentent pas de rupture manifeste depuis 2020.

Au demeurant, d’après les autorités publiques de la santé, l’effet direct de ces paramètres économiques et démographiques est à l’origine d’environ 60% de l’augmentation des dépenses d’indemnités. Elle peut également résulter, pour partie, de fraude. À cet effet, les tests réalisés dans 14 départements de contrôle en visioconférence ont débouché sur 38% d’arrêts injustifiés. Mais à moins de faire l’hypothèse d’une explosion de la fraude, l’explication est trop courte et il ne faut plus parler de dérive, mais bien d’un nouveau régime d’absentéisme. Si la tendance devait se poursuivre, la barre des 9 millions d’arrêts indemnisés serait franchie en 2027.

Des signaux d’alerte préoccupants

Au-delà même de ces chiffres globaux, quatre signaux doivent interpeller : 1 – La durée des arrêts tend à s’allonger. 2 – Les troubles psychologiques s’installent comme deuxième motif d’arrêt et touchent des salariés de plus en plus jeunes. 3 – L’absentéisme augmente plus particulièrement chez les cadres et les managers. 4 – Les TPE-PME, longtemps relativement préservées, voient désormais leurs arrêts progresser. Le coût n’est pas seulement supporté par la Sécurité sociale, mais se traduit aussi, pour les entreprises, par la désorganisation des équipes et des surcharges pour certains, par des pertes temporaires de compétences, par des remplacements coûteux, mais aussi par un surcoût assurantiel, auxquels s’ajoutent les retards sur les projets et les pertes d’activité, etc. Ces coûts cachés importants font monter la note totale à plus de 100 milliards d’euros pour l’économie française, selon l’estimation de l’économiste Laurent Cappelletti.

Il ne faut pas se tromper de lecture : l’absentéisme dit autre chose qu’une supposée épidémie de fainéantise. C’est un indicateur de dysfonctionnement qui pèse lourdement sur la compétitivité française.


Publié le mardi 16 décembre 2025 . 3 min. 55

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