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«  On voit des ordinateurs partout, sauf dans les statistiques de productivité. ». Cette phrase de Robert Solow, prix Nobel d’économie, a longtemps résumé l’impuissance du numérique à transformer la croissance. Quarante ans plus tard, l’irruption de l’intelligence artificielle semble retourner le paradoxe : on voit désormais de la productivité partout… sauf dans l’emploi.

La croissance s’émancipe du travail

Les chiffres américains l’annoncent déjà : la productivité bondit, le PIB progresse, mais les embauches stagnent. La croissance, jadis indissociable de la création d’emplois, devient autonome. Comme si l’économie apprenait à tourner sans nous. Une prospérité désincarnée, où l’humain n’est plus le moteur mais la variable d’ajustement.

La “jobless growth”, nouveau normal

Les économistes de Goldman Sachs, David Mericle et Pierfrancesco Mei, parlent d’une économie “low-hire, low-fire” : peu d’embauches, peu de licenciements. L’emploi se fige, la productivité s’envole. Et les jeunes, surtout la génération Z, restent à la porte. Le progrès avance, mais les carrières sont dans une impasse.

La France sur la même trajectoire

La DARES le confirme : ralentissement des créations d’emplois marchands, recul du taux d’insertion des jeunes diplômés, alors même que la productivité repart. L’intelligence artificielle crée de la valeur, mais pas de travail. La croissance devient mécanique, abstraite, propulsée par les algorithmes plus que par les salariés.

Le mirage de la libération technologique

On nous avait promis que l’IA libérerait du temps. Elle commence par libérer… des postes. Dans la banque, le conseil, la communication, les logiciels apprennent plus vite que les juniors. L’IA dévore la base avant même d’atteindre le sommet.

Rigidité française, double peine

À cette révolution s’ajoute notre inertie sociale : peur de licencier, frilosité à embaucher. Résultat : un marché du travail verrouillé, où les insiders s’accrochent et les outsiders s’usent dans les CDD. Jamais une génération n’aura été aussi formée… et aussi inutilement formée. Ce n’est plus seulement une crise économique, c’est une crise du sens du travail.

L’IA contredit Solow 40 ans plus tard ? 

Quarante ans après avoir noté l’absence d’impact des ordinateurs sur la productivité, Solow verrait son paradoxe renversé. L’IA doperait enfin la productivité, mais au détriment de l’emploi. Ce que Solow n’avait pas imaginé, c’est que la machine réaliserait la promesse du progrès… en effaçant l’être humain de l’équation.


Publié le lundi 02 février 2026 . 2 min. 57

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