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Avoir ou ne pas avoir de cash est devenu la véritable obsession des chefs d’entreprises. Si oui, ça passe ; si non, ça casse. À force de se concentrer sur le résultat net – le bénéfice ou le déficit en langage courant – il est facile d’oublier que le plus important, quand le temps se couvre, reste la trésorerie. C’est elle qui permet de faire face à ses obligations : payer les salariés, les fournisseurs, l’administration fiscale, l’Urssaf et autres, les banques, mais aussi de continuer à investir pour ne pas être dépassé lorsque la reprise sera là. Une bonne trésorerie, c’est la bouée de sauvetage qui permet de naviguer sereinement, même quand les vents sont contraires.

Alarmes sur le niveau des trésoreries

Or, tous les clignotants ont viré au rouge. Selon la dernière enquête sur les grandes entreprises et les ETI réalisée conjointement par Rexecode, l’Association française des trésoriers d’entreprises et le Mouvement des entreprises de taille intermédiaire, le solde d’opinion des trésoriers s’est nettement dégradé en juin dernier, atteignant son plus bas niveau depuis la crise de la Covid : un peu plus d’un quart des entreprises interrogées jugent désormais leur trésorerie difficile, 10 points au-dessus de la moyenne à long terme. Plus la situation dure, plus les inquiétudes montent : 40% des trésoriers se disent aujourd’hui préoccupés. Un signe ne trompe pas : d’après la même enquête, il apparaît que les délais de paiement des clients s’allongent, un indicateur clair que les entreprises, face à la détérioration de leur situation financière, retardent leurs paiements pour préserver leurs liquidités.

La pression monte dans tous les secteurs

Faire le dos rond est devenu prioritaire. Moins détaillées, les enquêtes de la Banque de France et de l’Insee permettent néanmoins d’étendre le champ à toutes les entreprises, par grande branche d’activité. Le constat est le même : dans l’industrie, le solde d’opinion des chefs d’entreprises sur la situation de leur trésorerie est nettement en dessous de la moyenne des 10 dernières années, avec un poids des stocks de produits finis encore très lourd et des délais de paiement clients qui s’allongent. Ce n’est pas mieux dans les services marchands, où la situation apparaît particulièrement dégradée, notamment dans les services aux entreprises : c’est le cas du vaste secteur de l’information-communication (qui inclut notamment les services informatiques), mais aussi du conseil et des activités juridiques et comptables.

Le bâtiment est au diapason avec toujours le même schéma : une trésorerie qui s’assèche peu à peu et des délais de paiements clients qui s’allongent. La situation est aussi tendue dans le commerce.

Hausse du risque de défaillance

La pression monte pour toutes les entreprises, quel que soit leur taille et leur secteur. En cause, les conséquences du ralentissement général de l’économie avec, à la clé, des baisses d’activité, mais aussi le reflux très rapide de l’inflation qui ne permet plus de faire passer des hausses de prix, alors même que les négociations salariales se sont déroulées sur la base d’une inflation passée élevée. Un effet de ciseau qui met les marges sous pression.

À cela s’ajoute, principalement pour les TPE-PME, des problèmes d’accès au financement bancaire, notamment pour toutes celles encore engagées dans le remboursement du PGE, soit près de 7 sur 10. La dégradation des trésoreries ne se traduit pas par une explosion immédiate des défaillances, mais si la situation persiste, la casse sera inévitable.


Publié le lundi 30 juin 2025 . 3 min. 40

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