Depuis la sortie de la crise Covid, une énigme s’est installée : le pouvoir d’achat des ménages progresse, mais la consommation ne suit pas. Depuis 2019, le revenu réel des ménages a augmenté de plus de 8%, la consommation de moins de 4%, soit un rapport de 1 à 2. Il faut partir de l’hypothèse suivante : le niveau élevé d’épargne n’est plus un simple « accident Covid ». Pendant les confinements, mettre de l’argent de côté était mécanique : on sortait moins, on dépensait moins. Mais le phénomène perdure et, aujourd’hui, l’effort d’épargne se situe environ quatre points au-dessus de son niveau d’avant-crise.
Inflation, chômage, taux : des explications insuffisantes
Traditionnellement, la consommation dépend de quatre facteurs clés : le revenu, l’inflation, le taux de chômage et les taux d’intérêt. Mais ce cadre ne suffit plus à l’expliquer :
• Par exemple, l’argument de la constitution d’une épargne de précaution, liée à l’augmentation du taux de chômage, ne peut être retenu : ce dernier a en effet considérablement baissé, malgré une légère remontée en fin de période.
• Si les craintes de perdre son emploi n’ont pas disparu, ce n’est pas par ce canal que s’explique le surcroît d’épargne.
• Le rôle de l’inflation est plus ambigu. Une accélération rapide et marquée des prix à la consommation peut tout aussi bien inciter les ménages à avancer les achats les plus lourds, afin de se protéger des hausses à venir qu’à épargner davantage pour préserver le pouvoir d’achat de leur patrimoine.
• Quant aux taux d’intérêt, une forte augmentation limite l’accès au crédit à la consommation et rend l’épargne plus attractive, mais génère aussi des revenus financiers qui peuvent être dépensés.
Quoi qu’il en soit, l’inflation a reflué, les taux se sont écartés de leurs pics, sans que cela ne modifie — ou seulement à la marge — le comportement des ménages. Il faut donc aller chercher ailleurs.
Les revenus financiers dopent l’épargne, pas la consommation
La première clé se trouve dans la transformation de la composition du revenu des Français à la suite de la crise sanitaire. D’abord logée sur les comptes courants, la surépargne accumulée pendant la période Covid s’est reportée vers d’autres supports, redevenus attractifs avec la remontée des taux. Conjuguée à la hausse des marchés actions, cela a fait bondir les revenus financiers, qui ont contribué (plus que d’ordinaire) à la hausse du pouvoir d’achat global. Or, ces revenus sont, toutes choses égales par ailleurs, perçus par les ménages les plus favorisés et sont davantage mis de côté. Cela explique pourquoi l’épargne financière s’est envolée. Les taux ont certes amorcé leur décrue depuis, mais les placements ont migré vers des produits moins liquides (assurance vie, par exemple), donc moins facilement mobilisables.
Une consommation durablement freinée par le vieillissement et l’incertitude
Le vieillissement de la population constitue également un facteur d’explication. À long terme, parce que le taux d’épargne des retraités est structurellement plus élevé que celui du reste de la population. À court terme, parce que la revalorisation des pensions — indexée sur l’inflation — a été plus dynamique que celle des salaires, dont la part consommée est généralement plus importante. Enfin, deux autres canaux alimentent l’incertitude et poussent à épargner davantage : à court terme, les inquiétudes liées au contexte international et politique dominent et incitent à la prudence ; à plus long terme, les ménages anticipent un possible tour de vis fiscal dans un pays fortement endetté.
La consommation n’est pas en panne, mais elle est loin de tourner à plein régime. Il ne faut pas s’attendre à beaucoup plus de 0,5% de croissance en 2026. De son côté, le taux d’épargne restera à des niveaux historiquement élevés et ne baissera que de manière marginale.
Publié le lundi 26 janvier 2026 .
4 min. 07
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d'Alexandre Mirlicourtois
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