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L’euro est redevenu une monnaie chère : face à un panier de devises et plus encore face à un dollar affaibli. Avec une inflation en voie de normalisation et une politique monétaire jugée à son « bon niveau », la monnaie unique offre de la stabilité. Sa volatilité contenue attire des flux d’investissement en quête de prévisibilité. Pour quelles conséquences ?

Pour l’État, la baisse du dollar est une mauvaise affaire

Pour les automobilistes, c’est une très bonne nouvelle. Le coût du brut diminue en euros, ce qui freine — voire réduit — les prix à la pompe. L’effet n’est toutefois ni automatique ni intégral : il dépend du prix du Brent, des marges de raffinage, du prix des transports, de la distribution et de la fiscalité. Ainsi, depuis le début de l’année, le prix du litre de gazole et celui du sans-plomb 95 ont respectivement baissé de 5 et 4%, tandis que le prix du baril a, lui, reculé de 23%.

Énergie, métaux, intrants agricoles, composants électroniques facturés en dollars coûtent moins cher en euros. La désinflation s’en trouve facilitée, donnant un peu d’air au pouvoir d’achat. La médaille a son revers : la baisse du pétrole réduit, par exemple, la base taxable et, avec elle, les recettes de TVA sur les carburants. Pour l’État, le dollar faible est une mauvaise affaire.

Un avantage monétaire aux effets économiques contrastés

Mais c’est aussi une sérieuse épine dans le pied de l’économie française, en pesant sur l’activité des entreprises, sur les marges et sur les revenus des filiales. L’impact sur l’activité passe principalement par le canal du commerce international. Les États-Unis sont le deuxième client et le troisième fournisseur de la France. Si les importations venues d’Amérique — concentrées notamment sur l’énergie — entrent peu en concurrence avec la production nationale, il en va autrement des exportations françaises. Plus diversifiées et souvent en compétition directe avec le made in USA, elles subissent en plus le poids des surtaxes douanières. Résultat : une partie de l’offre française se retrouve écartée du marché américain.

Le tissu productif français pris au piège

L’ensemble de la zone euro subit la même pression. L’activité en Europe (notre principal débouché) ralentit, et la rivalité entre entreprises du Vieux Continent s’intensifie sur le marché intérieur pour écouler les produits non vendus outre-Atlantique. La tension se reporte naturellement sur les marges, en France particulièrement. Problème de compétitivité-coût, niveau de gamme trop faible, manque d’innovation… Les produits français sont devenus sensibles à l’effet devise. Conséquence : quand l’euro se renchérit face au dollar ou à un panier de monnaies, les entreprises compriment leurs prix et jouent sur leurs marges pour éviter d’être totalement hors concours sur les marchés extérieurs. Pour ce faire, les exportateurs n’ont plus d’autre choix que de comprimer leur masse salariale (en gelant salaires et embauches) ainsi que de freiner, voire de stopper, leurs investissements. Il ne faut pas croire que seuls les exportateurs y sont soumis : leurs fournisseurs aussi, puis les fournisseurs de leurs fournisseurs. De fil en aiguille, c’est tout le tissu productif qui se retrouve pris dans le piège.

Le dollar faible, un handicap durable pour la France

Il y a enfin toutes les activités qui, par nature, nécessitent une implantation directe aux États-Unis. De nombreux secteurs sont concernés : les services collectifs (gestion de l’eau, des déchets, restauration collective) ou la publicité, par exemple. Dans ces domaines, les grands groupes disposent souvent de filiales dont les revenus, perçus en dollars, voient leur valeur réduite au moment du rapatriement vers la maison mère en France. Pour l’économie française, la faiblesse du dollar, c’est un handicap de plus.


Publié le jeudi 06 novembre 2025 . 4 min. 13

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