Dans un monde où le risque géopolitique prévaut sur tout, la sécurité des approvisionnements n’est plus acquise. D’où cette antienne martelée par les gouvernements à chaque nouvelle crise : la nécessité absolue de rebâtir la souveraineté économique du pays. Souveraineté pharmaceutique après la crise de la Covid ; souveraineté dans les filières clés après les ruptures d’approvisionnement en semi-conducteurs à la sortie de la crise sanitaire ; souveraineté énergétique à la suite du déclenchement du conflit en Ukraine ; souveraineté alimentaire avec la crise agricole. À ces préoccupations se sont ajoutées d’autres craintes, comme la capacité du pays à produire suffisamment de munitions en cas de conflit de haute intensité ou encore la préservation de son indépendance financière face au risque de désengagement des investisseurs étrangers. Or, sur la majorité de ces segments, la France recule. Le constat en cinq points.
Les capacités productives se sont affaiblies
La crise de la Covid a révélé l’incapacité du pays à fournir des biens essentiels, tels que les masques et le paracétamol, mais aussi une explosion des pénuries, multipliées par dix en peu de temps, dont la cause principale réside dans l’insuffisance des capacités de production. Les délocalisations et le manque d’investissements dans la recherche et le développement ont réduit la capacité du pays à maîtriser et sécuriser sa chaîne d’approvisionnement en médicaments, renforçant sa dépendance aux importations.
L’alimentation et l’industrie dépendent de l’étranger
Le problème se pose de manière comparable dans le secteur alimentaire. Aujourd’hui, entre un cinquième et un quart de l’assiette des Français est importé : entre un quart et la moitié de la viande consommée provient de l’étranger ; 37% de la consommation de fruits frais tempérés et plus de 90% des produits de la pêche et de l’aquaculture sont également importés. L’équation entre des coûts de production internes élevés et une pression constante à la baisse des prix — exercée par la grande distribution ou la restauration — est insoluble, conduisant à un recours massif aux importations. Cette dynamique s’inscrit dans une tendance plus générale d’érosion du « made in France », qui ne couvre plus que 36% de la consommation domestique de biens manufacturés : plus de 85% des articles d’habillement et de chaussures, 84% des appareils électroménagers, 76% du matériel informatique et audiovisuel et 70% de l’ameublement sont importés.
Les fragilités financières, énergétiques et numériques persistent
Autre point de fragilité : l’indépendance financière du pays. La part importante de non-résidents dans la détention de la dette publique accroît la sensibilité du coût de financement aux décisions des agences de notation et renforce les risques en période de tension. Les investisseurs résidents sont en effet plus « captifs » et moins enclins à céder leurs titres en cas de crise.
Côté énergie, l’année 2022 restera dans les annales. Pour la première fois depuis quarante ans, la France est devenue importatrice nette d’électricité, en partie du fait de l’indisponibilité du parc nucléaire liée aux problèmes de corrosion sous contrainte. Depuis, les exportations sont à un niveau record mais en partie en raison du recul de la consommation domestique. Faute d’avoir anticipé la prolongation de la durée de vie des centrales nucléaires par maintenance ainsi que leur renouvellement en série industrielle et non en chantier isolé, la production nucléaire patine. La production d’énergies renouvelables progresse, mais avec des chaînes de valeur dominées en amont par des opérateurs étrangers.
Enfin, à la différence de la Chine et des États-Unis, la France — à l’instar de l’ensemble de l’Europe — se trouve dans une situation de forte dépendance numérique. Chaque crise agit comme un révélateur brutal de ce que la France ne produit plus, ne maîtrise plus, ne finance plus seule.
Publié le mardi 20 janvier 2026 .
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d'Alexandre Mirlicourtois
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