L’économie américaine est un Janus à deux visages. Il y a d’abord la face qui éblouit. La performance boursière la symbolise. Porté par les géants de la « tech », le S&P 500 atteint des sommets historiques. Il est possible d’y voir l’expression d’une symbiose des forces de l’économie américaine, qui apparaissent par contraste face à une Europe affaiblie. La productivité par tête a progressé de 45% aux États-Unis entre 2002 et la fin de 2024, contre seulement 10% en Europe, ce qui explique l’écart de croissance impressionnant entre les deux côtés de l’Atlantique sur la même période.
L’innovation et la formation, piliers de la puissance américaine
Au cœur de la performance américaine, un effort soutenu en R&D : plus de 3% du PIB en moyenne sur les dix dernières années, contre 2,2% pour la zone euro. Il y a ensuite la capacité du pays à former une élite. En matière de diplômes, les États-Unis devancent largement l’Europe. Cela est vrai lorsque l’on observe la population de plus de 25 ans dans son ensemble, l’Europe pâtissant de son retard initial dans la démocratisation de l’enseignement supérieur. Mais cela reste vrai aussi pour les plus jeunes générations.
Le financement, moteur du dynamisme économique
Et si l’on se tourne maintenant vers le financement, le constat est le même : les États-Unis dominent le reste du monde par l’ampleur de leurs investissements en capital-risque, démultipliant ainsi les chances de décollage et de croissance de leur vivier de start-up. Le pays écrase sans surprise aujourd’hui le classement mondial des licornes. Autre témoin macroéconomique de la réussite américaine, la vitalité du marché du travail : les créations d’emplois sont nombreuses et, malgré une légère hausse, le taux de chômage demeure historiquement bas, à peine supérieur à 4%.
Un revers social et industriel inquiétant
Mais il y a un autre visage de l’économie américaine plus sombre. Le pays sait former une élite, mais la masse ne suit pas. La main-d’œuvre est globalement faiblement qualifiée, comme le montrent les enquêtes de l’OCDE sur les compétences des adultes : le score global des États-Unis les place au 21è rang, loin derrière le Japon, les Pays-Bas ou l’Allemagne. Même la France fait mieux. La faiblesse des compétences des Américains rend nécessaire une immigration importante, notamment en raison de la forte proportion d’immigrés très qualifiés. En restreignant l’entrée des migrants aux États-Unis, Donald Trump s’est tiré une balle dans le pied. La désindustrialisation est également très rapide : le poids du secteur manufacturier dans le PIB est tombé à moins de 14%, tandis que le déficit de la balance commerciale s’approche de 100 milliards de dollars par mois. L’outil industriel américain ne répond plus à la demande intérieure, et plus les droits de douane dureront, plus les prix augmenteront.
Des fractures sociales et territoriales béantes
Par ailleurs, le taux d’emploi des 15–64 ans est faible aux États-Unis, comparé à la moyenne du G7 ou à des pays comme l’Allemagne ou le Japon. Et la dynamique n’est pas bonne. Cet écart résulte, entre autres, des problèmes de santé auxquels sont confrontés de nombreux Américains : 14% des adultes sont inaptes à travailler et 25% n’ont pas consulté de médecin depuis plus d’un an en raison du coût élevé des soins. Les États-Unis figurent parmi les cinq pays les plus inégalitaires de l’OCDE en matière de revenus. Enfin, les infrastructures (de transport, électroniques, d’adduction d’eau, des bâtiments scolaires) sont en mauvais état aux États-Unis : 20% des routes sont fortement dégradées ; 36% des ponts nécessitent des réparations majeures ou un remplacement ; et 17% des Américains n’ont pas accès à Internet. Les États-Unis prospèrent, mais la classe moyenne souffre.
Publié le mardi 21 octobre 2025 .
3 min. 37
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