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Au-delà du psychodrame politique, dont le scénario semble écrit d’avance, la pire menace c’est l’attentisme généralisé qu’installe pour les entreprises. Faute d’un cap clair, elles vont comme l’an passé, suspendre leurs décisions, geler leurs investissements, différer leurs recrutements. Elles ne misent plus sur l’avenir, elles se mettent en veille. Et c’est peut-être là, dans cette mise en sommeil silencieuse de la machine productive, que se niche le plus grand risque pour le pays.

Les finances publiques, priorité incontournable

Une réalité s’impose sans appel. Postures, promesses ou alliances de circonstance n’y changeront rien : le problème des comptes publics est une priorité absolue. Non par orthodoxie ou dogmatisme budgétaire, mais parce qu’il conditionne tous les autres. Cinq dossiers urgents mêlant économie, finances et cohésion sociale attendent le prochain exécutif. Aucun artifice politique ne changera le fond : le redressement urgent des finances publiques est surdéterminant. Sans lui, les autres débats resteront suspendus dans le vide, rattrapés tôt ou tard par la mécanique froide des déficits, des taux d’intérêt et de la dette. En haut de la pile, donc, le redressement des finances publiques. Pas de choix, il faut mettre un terme à la dérive de 2024, qui a aggravé et prolongé celle de 2023. Principal facteur du dérapage : l’embardée incontrôlée des dépenses dans un contexte de recettes atones. L’objectif est de ramener le déficit à 5,4% du PIB cette année et à 4,6% en 2026. « Atteignable, mais exigeant », selon les propos de la ministre des Comptes publics. Une ambition somme toute relative, car à ce niveau, le déficit français restera le plus élevé de la zone euro. Et, à ce niveau de déficit, la dette n’est pas stabilisée. Si la cible des 3% affichée pour 2029 est maintenue, elle exigera davantage d’efforts que ceux actuellement demandés.

La sécurité sociale, un gouffre préoccupant

Un peu comme les poupées russes, les autres dossiers s’emboîtent dans ce premier. Inutile de passer ici en revue tous les postes de dépenses ministérielles, sources potentielles d’économies. Le sujet le plus sensible est celui du « trou de la Sécurité sociale ». Il y a urgence. Le déficit attendu pour 2025 sera proche de 22 milliards d’euros, selon le rapport de la Commission des comptes de la Sécurité sociale. C’est inédit hors période de crise, signe d’une trajectoire actuellement hors de contrôle. Il y a un peu moins d’un an, à l’automne 2024, le projet de loi déposé par le gouvernement Barnier envisageait un déficit de 16 milliards… « seulement ». Et la Cour des comptes de rappeler que la prévision actuelle du déficit pour 2027 est supérieure d’un tiers à ce qu’elle était en 2024, et les sages d’estimer qu’à cet horizon une crise de liquidité pourrait se matérialiser. Comprendre : un défaut de paiement !

L’épreuve des marchés et la confiance à restaurer

Le troisième dossier n’est que la conséquence des deux premiers : c’est l’heure des choix. 44 milliards d’euros sont à trouver pour 2026. Le partage tel qu’il est actuellement défini est de 14 milliards de recettes supplémentaires pour 30 milliards d’euros d’économies. Là où le sujet devient abrasif, c’est que quelles que soient les mesures prises elles devront remplir une double condition. D’abord, être acceptées par la population. À la vue des réactions des principaux groupes parlementaires, on peut aisément identifier un large front du refus. Mais elles doivent aussi être crédibles aux yeux des investisseurs. Or la France est sur haute surveillance des marchés financiers. L’annonce du vote de confiance a tôt fait de mettre la pression sur la bourse et plus encore sur le marché obligataire. Fin août, la France empruntait à 10 ans à des taux plus élevés que la quasi-totalité des pays de la zone euro. Seule l’Italie paie encore un peu plus cher. Surtout, l’écart avec l’Allemagne s’accroît à nouveau. La défiance quant à la capacité de la France à se réformer s’installe. Il faudra donc restaurer la confiance. Le coût de la dette pourrait très vite devenir explosif et, si rien n’est fait, un gendarme extérieur — FMI, Troïka — pourrait bien imposer le chemin d’une austérité brutale et douloureuse. Enfin, il est urgent d’offrir aux entreprises un socle fiscal et social stable. Mais comment s’adapter sans connaître son environnement réglementaire ? Tout le monde le sait : pour un chef d’entreprise, rien de pire que l’incertitude.


Publié le lundi 01 septembre 2025 . 5 min. 11

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