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L’arrivée de Donald Trump à la tête des États-Unis rebat en partie les cartes de la croissance mondiale. Son mantra : un nationalisme économique affirmé pour réindustrialiser le pays, une politique pro-business le tout résumé dans le slogan « America First ». Mais c’est aussi la primauté du politique sur l’indépendance de la Banque Centrale et ses décisions monétaires. Or le nouveau Président trouve le dollar beaucoup trop élevé, notamment vis-à-vis de l’euro ! Très concrètement, la réindustrialisation voulue par le nouvel hôte de la Maison Blanche passe d’abord par l’instauration de 10% de droits de douane sur tous les produits importés et même de 60% pour les biens en provenance de Chine. Les conséquences vont être de deux ordres : sur le marché intérieur américain, une hausse des prix à la consommation, soit parce qu’il n’existe pas d’offre domestique alternative aux importations, soit parce que « le made in US » est plus cher, sinon il se serait imposé. Quoiqu’il en soit, à court terme, ce n’est pas bon pour le pouvoir d’achat des Américains. La consommation, principal moteur de l’économie du pays, ralentira suffisamment pour faire passer la croissance sous la barre des 2%.


La croissance chinoise s’épuise


Le second effet se situe au niveau des principaux pays ou zones économiques concernés par la hausse des tarifs douaniers. La Chine, bien évidemment. Le coup est d’autant plus rude que l’Empire du Milieu doit faire face à une demande domestique amorphe. Confrontés à la chute des prix de l’immobilier, les ménages voient leur patrimoine se dévaloriser. Or la pierre reste le placement favori des Chinois. C’est bien souvent leur assurance retraite et santé. Cela explique pourquoi la confiance des ménages reste plantée à son niveau plancher et pourquoi la consommation est sans ressort. La faiblesse de l’économie chinoise n’est pas simplement passagère mais s’inscrit dans une tendance plus structurelle dont les causes sont profondes avec pêle-mêle : vieillissement de la population, épuisement des effets de rattrapage, emballement de la dette (publique comme privée), coûts de la transition énergétique, intervention de l’État dans les entreprises qui fait fuir les investisseurs étrangers et, enfin, panne durable de l’immobilier-construction, moteur incontournable de la croissance chinoise depuis plus de 20 ans. Tous ces éléments participent à l’épuisement de la croissance, notamment dans sa composition interne. Et c’est là tout le problème de ses partenaires régionaux qui bénéficiaient jusqu’à présent du dynamisme de leur puissant voisin.


La Chine exporte sa crise


Pour les Européens, c’est la double peine, voire la triple peine. D’un côté, ils voient un débouché, leur nouvel Eldorado, pour beaucoup, se dérober, voire se comprimer, cela pèse sur le niveau de leurs exportations. Faute de pouvoir écouler leur production sur leur marché intérieur, les industriels chinois sont devenus ultra-agressifs sur les marchés extérieurs d’autant plus qu’ils sont amplement subventionnés et bénéficient de tarifs de l’énergie très favorables. Cela peut se lire à travers l’évolution de leurs prix de production, ils ont progressé de 7% depuis 2020, contre 40% en zone euro, mais aussi à travers les 1 000 milliards de dollars d’excédents que le pays va dégager cette année. Il ne faut pas se tromper de diagnostic, la Chine exporte sa crise. Et il va s’ajouter les dégâts collatéraux de la hausse des droits de douane décidés par Donald Trump. C’est logique, l’Europe est la seule destination, compte tenu du niveau de vie de ses habitants, capable d’absorber ce qui ne sera pas vendu aux États-Unis. C’est sa croissance qui va principalement en faire les frais.


Alors certes, la zone euro devrait connaître un léger sursaut en 2025 mais c’est uniquement à la faveur du rebond mécanique de l’Allemagne après deux années passées en récession. L’Europe, c’est le dindon de la farce de l’histoire de la volonté de réindustrialisation des États-Unis. C’est leur politique, mais c’est notre problème !


Publié le mardi 19 novembre 2024 . 4 min. 01

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