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Installé au sommet du pouvoir turc depuis mars 2003, Recep Tayyip Erdogan est sorti vainqueur de toutes les élections auxquelles il s'est présenté depuis, législatives comme présidentielles. Celles du 14 mai prochain se passent sur fond d’une économie en sursis mais aussi du regain de confiance des ménages après que cette dernière ait sombré à son plus bas niveau historique en juin 2022. Le niveau du moral de la population demeure somme toute médiocre mais les Turcs font état d’une nette amélioration de leurs finances personnelles et anticipent la poursuite de cette embellie. A juste titre.


Le SMIC a été augmenté de 55% au 1er janvier dernier, la 3ème revalorisation en un an pour une envolée totale de 200% ! Plus globalement, c’est bien l’ensemble des salaires qui sont sur une pente de progression rapide.


Aussi spectaculaire qu’il soit, ce bond des rémunérations ne fait toutefois que rattraper celui des prix. L'inflation officielle a en effet connu un pic en octobre dernier atteignant 85,5% (le double selon certains économistes et experts indépendants) avant d’amorcer son reflux. A plus de 50% en mars elle demeure néanmoins à très haut niveau. Surtout, les hausses des prix ont longtemps été supérieures à celle du salaire minimum avant les revalorisations de circonstances à l’approche des élections. Une inflation, qui comme partout a été nourrie par la hausse des prix des matières premières notamment de l’énergie dans un pays très dépendant de ses approvisionnements extérieurs et sur lesquels le gouvernement n’a pas ou peu de prise. Mais aussi par l’obstination des autorités monétaires, sous la houlette du président Erdogan, à maintenir les taux d’intérêt à bas niveau malgré une inflation forte à rebours de la conduite des politiques monétaires classiques dans une telle situation. Et pour cause, le modèle de croissance de l’économie turque repose d’une part sur la consommation intérieure alimentée par une distribution de crédits bancaires dynamique et d’autre part sur le secteur de la construction.


Un crédit bon marché, c’est très efficace pour soutenir la consommation, l’investissement, la croissance, mais cela gonfle ipso facto la masse monétaire qui nourrit l’augmentation des prix. Cela se paie cash aussi sur le marché des changes. La rémunération des placements turcs se dégrade vis-à-vis des placements alternatifs et pousse les investisseurs à bannir la livre qui s’est effondrée de près de 70% face au billet vert comme de l’euro depuis janvier 2020.


Cela pousse la banque centrale à déverser sur le marché des milliards de dollars tirés de sa réserve en devises et à prendre une série de mesures pour encourager (voire contraindre) la conversion des devises étrangères en monnaie locale. Alors, certes la faiblesse de la livre a l’avantage de rendre plus compétitifs les produits turcs mais cela rend aussi beaucoup plus chères les importations, notamment les produits intermédiaires que les industriels transforment, l’économie turque étant insérée dans les chaînes de valeur internationales. A quoi il faut ajouter l’explosion du coût du travail en général et en particulier dans l’industrie manufacturière qui dégrade la compétitivité des produits turcs.


Négatif, le solde du commerce extérieur s’enfonce irrémédiablement dans le rouge et touche des bas-fonds. Le solde courant ne s’améliore pas minant la capacité du pays à accumuler des devises. Déficit courant, beaucoup de dette extérieure la croissance turque repose donc avant tout sur l’afflux de capitaux extérieurs notamment des investissements directs, or ils ont tendances à se tarir depuis leur pic de 2006 et ne sont plus suffisants pour couvrir le déficit courant, rendant l'économie vulnérable à la volatilité des investisseurs internationaux. C’est de la hot money, ces capitaux très instables à l’affût des meilleurs rendements. Une croissance tirée par le crédit c’était le plus court chemin pour obtenir des résultats. Une solution de facilité alors que le pays dispose d’énormes atouts au-delà même de sa situation géographique : un vaste marché intérieur composé de 85 millions d’habitants, une population jeune formée, instruite une large base industrielle et exportatrice complété d’un important secteur touristique de qualité, un tissu entrepreneurial dynamique, et enfin une diaspora importante. Une solution dangereuse aussi car bâtie sur la dette privée dont il est difficile de ne pas imaginer un jour son explosion.


Bref, l’économie turque semble embarquée dans une fuite en avant avec une forte menace de sortie de route. La feuille de route tient en ce mantra : la croissance à tout prix, n’importe quel prix. Non sans succès au départ mais au prix d’une débâcle économique qui paraît difficilement évitable à terme.


Publié le mardi 9 mai 2023 . 4 min. 28

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