Cette rentrée s’ouvre sous le signe d’une forte tension financière mondiale. Un sujet concentre plus particulièrement les inquiétudes : la trajectoire future de la politique monétaire américaine. Non pas que la Réserve fédérale ait modifié sa mission — stabilité des prix, croissance et emploi — mais parce que son indépendance est remise en cause par Donald Trump qui multiplie les pressions pour la forcer à réduire ses taux, alors même que les indicateurs dessinent plutôt un scénario de stagflation, mêlant croissance atone et inflation persistante. Jusqu’ici, la Banque centrale a résisté aux coups de boutoir. Mais des fissures apparaissent, laissant entrevoir un possible assouplissement monétaire avant la fin de l’année, et le remplacement du président de la Fed par un gouverneur acquis à la ligne « trumpiste » c’est-à-dire une baisse massive et rapide des taux pour soulager le poids de la dette et relancer l’activité.
Les taux longs, talon d’Achille américain
Or, si l’institution a la main sur les taux courts, les taux longs sont fixés par le marché obligataire. Certes, ils sont liés, mais lorsque s’accumulent les déficits budgétaires, des anticipations d’inflation en hausse, des doutes sur la vigueur de la croissance, et un climat géopolitique instable, les investisseurs exigent une rémunération plus élevée, autrement dit une prime de risque. Résultat : les rendements à long terme montent inexorablement, exactement l’inverse de l’effet recherché. Or, les taux longs américains flirtent déjà avec les 5%. Le tout dans un contexte où les États-Unis exercent déjà une ponction massive sur le marché de la dette souveraine, et où leur économie reste d’importance systémique. Si la remontée des taux américains est brutale, l’onde de choc sera mondiale.
Europe fragilisée et émergents sous tension
En Europe, l’impact ne se fera pas sentir partout avec la même intensité : il frappera bien plus durement les économies du Sud (dont la France), déjà plombées par un endettement élevé et des primes de risque supérieures. Parmi les émergents, les pays très dépendants des financements extérieurs (Égypte, Pakistan, Argentine) seraient les plus exposés. La soutenabilité budgétaire comme la stabilité financière seraient mises à rude épreuve un partout dans le monde.
Le dollar en repli et l’effet boomerang pour l’Europe
Autre victime : le dollar. Le billet vert s’est déjà déprécié de 13% face à l’euro et pourrait glisser davantage si la Fed baisse ses taux au-delà des anticipations du marché. Or, les portefeuilles européens sont particulièrement exposés aux valeurs américaines, ce qui entamera fortement leurs performances : les gains réalisés sur les marchés outre-Atlantique sont effacés par l’effet de change, en dépit des systèmes de couverture.
Une finance mondiale au bord de l’implosion
L’autre point de crispation se situe autour des marchés boursiers, plus particulièrement le risque que fait peser la surchauffe de Wall Street. Le S&P 500 est en ébullition. Les entreprises qui le composent valent en moyenne 3,2 fois leur chiffre d’affaires, un record. Le risque est celui de la formation d’une bulle liée à l’IA ; or le destin d’une bulle est d’éclater, et les signaux d’alerte sur la pertinence de certains investissements des géants de la tech se multiplient. Les marchés européens sont certes moins euphoriques, mais si Wall Street plonge, l’onde de choc sera, là encore, mondiale. Enfin, Donald Trump ne s’attaque pas seulement à la Fed : il a aussi dans sa ligne de mire la réglementation bancaire — affaiblissement des moyens d’action des régulateurs, réduction des sanctions et des amendes en cas d’infractions, et bientôt l’allègement des ratios en capital des grandes banques. La dérégulation est en marche avec tous les risques que cela comporte. La finance mondiale est assise sur une poudrière et Donald Trump tient la mèche.
Publié le vendredi 05 septembre 2025 .
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d'Alexandre Mirlicourtois
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