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Le désastre touristique du pourtour méditerranéen

Publié le jeudi 20 mai 2021 . 4 min. 05

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Première zone touristique du monde, les pays riverains de la Méditerranée ont vécu une année noire en 2020 avec l’arrêt brutal de la venue des visiteurs étrangers. Et la saison 2021 s’annonce encore médiocre. Le choc économique est violent pour ces économies très dépendantes pour certaines des devises touristiques. Pour le mesurer plutôt que l’exhaustivité — la Méditerranée compte pas moins de 21 pays riverains —, le champ d’investigation sera limité à 13 pays représentatifs :

- au nord, l’Espagne, l’Italie, la Croatie, la Grèce, la Turquie, Malte et Chypre ;
- au sud, le Maroc, la Tunisie, l’Égypte, Israël et le Liban ;
- un pays extrazone a été rajouté, le Portugal. En raison de sa culture, de son climat, il sera ici considéré comme un « pays touristique méditerranéen », mais pas la France qui a été retirée.


Une situation contrastée


Toutes les économies analysées ne sont évidemment pas exposées avec la même intensité aux flux de visiteurs étrangers et à leurs dépenses.


En prenant comme premier critère, celui du nombre de touristes étrangers pour 100 habitants, les îles méditerranéennes et la Croatie se distinguent nettement avec un nombre de visiteurs étrangers représentant 2 à 5 fois la population locale. À l’autre bout du spectre, les pays du sud de la Méditerranée ainsi que la Turquie.


En termes de recettes touristiques rapportées au PIB, la hiérarchie se modifie légèrement. C’est en Croatie, en Grèce et au Liban que l’emprunte du tourisme sur l’économie est la plus élevée proche voire supérieure à 20% du PIB, contre 9,3% en Égypte et moins de 6% pour Israël. Ce sont les deux seuls pays de la région qui se situent en dessous de la moyenne mondiale (10%). Aucun n’a échappé à une chute catastrophique de ses recettes touristiques l’année dernière : pour la moitié des pays, la chute est proche ou supérieure à 70% ; et 2021 est partie sur de mauvaises bases, les flux touristiques restant toujours taris au 1er semestre.


Autant dire, que pour les pays, où le tourisme est le principal poumon économique, aucune chance d’échapper à la récession, et ce quel que soit la situation sanitaire en interne. Alors que le monde était en recul de 3,8%, le PIB de 50% des pays analysés chutait de plus de 8%, c’est plus du double. Quant aux deux exceptions, la Turquie et l’Égypte, il faut intégrer :

1 que le chiffre officiel turc est entouré d’un certain doute, quand on sait qu’en trois ans seulement le président Erdogan a usé quatre directeurs à la tête de l’institut de statistique national ;
2 que c’est aussi l’une des économies méditerranéennes les moins accrocs aux dépenses touristiques tout comme l’Égypte qui a en outre pu s’appuyer sur la puissance de son marché touristique domestique (avec plus de 100 millions d’habitants, c’est le plus vaste de la région) pour amortir le choc.


Des problèmes de financement se posent


Compte tenu des dynamiques démographiques, le coup ressenti par la population est plus violent encore, d’autant qu’à de rares exceptions (Espagne, Italie principalement), les filets sociaux sont quasiment inexistants. Facteur aggravant, le poids de l’économie informelle dans l’emploi total. Si cela demeure un phénomène contenu à Malte, au Portugal ou en Croatie, cela concerne environ un emploi sur 3 en Espagne, Grèce, Turquie, plus d’un sur deux en Tunisie et en Égypte jusqu’à 80% au Maroc avec tout ce que cela comporte comme instabilité des revenus, d’absence de protection sociale ou de couverture maladie.


Des recettes touristiques en moins ce sont des comptes courants qui se dégradent et qui dans bien souvent des cas tombent dans le rouge. Seuls l’Espagne, l’Italie et Israël sortent du lot. Des recettes touristiques en moins, ce sont des comptes publics plombés et un déficit qui s’est considérablement accru en 2020. Autant dire que les marges de manœuvre budgétaires ont totalement disparu et que les taux d’endettement sont en hausse. Cela ne va pas sans poser des problèmes de financement et si le Portugal, Chypre, l’Espagne, la Grèce, l’Italie et Malte bénéficient du bouclier de l’euro, les autres non.


Fuite des capitaux au Maroc, en Turquie, monnaie chahutée, les pays du bassin méditerranéen ont été les grands perdants la crise de la COVID-19. C’est un brutal retour en arrière et une remise en question de leur trop forte dépendance aux recettes touristiques, tout comme le sont certains autres aux revenus pétroliers.


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