La puissance d’un pays ne se lit plus seulement à son PIB ou à son armée. Elle se mesure à sa capacité à contrôler des points névralgiques de l’économie mondiale. Ces « hubs stratégiques » — routes, ressources, technologies, réseaux financiers et infrastructures numériques — sont devenus les nouveaux champs de bataille. Celui qui les tient impose sa volonté. Celui qui en dépend subit.
Les minerais comme armes de pression de la Chine
Le canal de Panama concentre près de 40% du trafic conteneurisé américain. Une sécheresse suffit à réduire d’un tiers son activité. À Suez, les attaques houthis ont provoqué une chute de 50% des flux, obligeant les navires à rallonger leurs trajets de plus de deux semaines. Quant au détroit de Malacca, il concentre chaque année 3 500 milliards de dollars de commerce, dont les hydrocarbures vitaux pour la Chine et le Japon. Un simple blocage bouleverse l’économie mondiale.
La Chine, de son côté, domine 69% de l’extraction mondiale des terres rares et 80% de leur raffinage. Elle a déjà utilisé ce levier contre le Japon et les États-Unis. Elle contrôle aussi le gallium, le germanium, le graphite ou le tungstène, créant des pénuries instantanées dans l’automobile, l’aéronautique ou les batteries. Face à cette dépendance, Washington cherche à sécuriser d’autres sources, en Ukraine ou au Groenland.
La technologie au cœur du pouvoir des États-Unis
Le pouvoir des États-Unis repose sur la technologie. ASML, aux Pays-Bas, est le seul fabricant mondial de machines de lithographie EUV, mais ses exportations sont sous contrôle américain. TSMC, à Taïwan, produit 92% des puces les plus avancées. Et surtout, Nvidia règne sur les processeurs graphiques indispensables à l’intelligence artificielle : plus de 80% du marché, 75% des supercalculateurs mondiaux. Sans ces puces, pas de ChatGPT, pas d’IA chinoise de pointe. Les restrictions américaines sur les exportations vers Pékin freinent directement ses ambitions. Washington contrôle ainsi le cœur du pouvoir numérique.
Les États-Unis disposent d’un autre levier redoutable : SWIFT, utilisé pour exclure des banques entières, et surtout CHIPS, le système de compensation new-yorkais qui traite près de 2 000 milliards de dollars par jour. Être coupé du dollar, c’est la paralysie immédiate. La Chine et la Russie ont développé leurs propres systèmes, CIPS et SPFS, mais aucun n’égale la portée du dollar.
Plus de 95% des communications mondiales passent par des câbles sous-marins, souvent financés par des entreprises américaines. Chaque station d’atterrage, chaque data center est un hub stratégique. L’expérience ukrainienne a montré qu’un acteur privé comme Starlink pouvait garantir — ou suspendre — les communications d’un pays en guerre.
L’Europe face à ses vulnérabilités
La Chine verrouille les ressources. L’Amérique verrouille la technologie et les réseaux. L’Europe, elle, reste dépendante, sans doctrine claire. Elle doit cartographier ses vulnérabilités, protéger ses champions comme ASML, sécuriser ses câbles, diversifier ses routes et déployer sa constellation souveraine IRIS. Car la vraie question n’est plus « où gagner des parts de marché ? », mais « quels hubs contrôler pour rester maître de son destin ? ». Sans cette prise de conscience, l’Europe restera le terrain de jeu des autres.
Publié le vendredi 03 octobre 2025 .
3 min. 53
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d'Alexandre Mirlicourtois
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