Comment un pays en voie de vieillissement accéléré, dont la population en âge de travailler diminue, fait-il pour assurer la prospérité de ses habitants et éviter l’explosion de son système de retraite ? C’est la leçon donnée par le Japon au reste du monde. Les données du problème sont connues : le Japon est le pays le plus vieux au monde, près d’un habitant sur deux a plus de 50 ans ; sa population diminue, notamment celle en âge de travailler (par convention, les 15–64 ans) ; son ratio de dépendance des personnes âgées, c’est-à-dire le rapport entre les plus de 65 ans et les personnes d’âge actif, est supérieur à 50 %, un record mondial.
Encourager l'emploi des seniors
Pour sortir de son piège démographique, le Japon actionne un premier levier : freiner la diminution naturelle du nombre de personnes en emploi en jouant sur la population active. Le pays encourage, voire contraint, les seniors à prolonger leur activité professionnelle. L’âge de la retraite a été progressivement relevé, tandis que la modestie de certaines pensions conduit de nombreux retraités à prendre un travail d’appoint, souvent dans la même entreprise qui les employait, mais en tant qu’intérimaires, pour disposer d’un revenu plus élevé. Par ailleurs, des incitations fiscales ont été mises en place pour encourager les entreprises à recruter ou à conserver des travailleurs âgés dans leurs effectifs. Ce premier élément se complète par l’optimisation du taux d’activation de la population en âge de travailler, c’est-à-dire du nombre de personnes d’âge actif en emploi.
Particulièrement élevé, le taux d’emploi est au Japon nettement supérieur à la moyenne des pays de l’OCDE ou de la zone euro : près de 80 % des 15–64 ans Japonais ont un travail rémunéré, contre à peine plus de 70 % des Européens et 69 % des Français. Autrement dit, le nombre de cotisants au système de retraite est, toutes choses égales par ailleurs, sensiblement plus élevé au pays du soleil levant. Cet écart s’explique notamment par le travail féminin. Le Japon fait partie des pays de l’OCDE affichant le plus fort taux d’emploi des femmes, notamment sur la tranche d’âge des 55–64 ans de l’ensemble de la population.
Automatiser pour compenser le manque de main-d'œuvre
Le deuxième levier actionné consiste à réduire la dépendance du pays à la main-d’œuvre humaine en substituant du capital au travail, autrement dit, en jouant la carte de la robotisation et de l’automatisation. Comme le travail est devenu une denrée rare, les robots sont utilisés dans l'industrie manufacturière, l’agriculture et même les services, comme les soins aux personnes âgées. Ce n’est pas de la science-fiction. Au sud du Japon, une expérience a été menée il y a quelques mois pour automatiser quasi-complètement la culture du riz. Des drones et robots capables de semer, cultiver et récolter ont permis de réduire de 95% le temps de travail humain nécessaire tout en garantissant un niveau de récolte comparable.
Investir à l’étranger pour importer de la prospérité
Troisième levier : rapatrier les revenus issus des investissements réalisés à l’extérieur du pays depuis des décennies, autrement dit, tirer une rente du capital exporté vers des pays où une population jeune est prête à travailler. Le flux d’investissements directs du Japon à l’étranger, alimenté par l’empilement des excédents courants, n’a cessé d’augmenter, si bien que le stock de capital détenu en dehors des frontières dépasse les 2 000 milliards de dollars. La balance entre les actifs japonais détenus à l'étranger et les engagements financiers du Japon envers les non-résidents penche très favorablement en faveur de ce dernier. La force du yen, jusqu’à la pandémie, qui a allégé le coût des acquisitions, et la faiblesse de la rémunération de l’épargne sur le marché domestique, qui a rendu très profitable la sortie de capitaux, ont aussi facilité ce mouvement.
Travailler plus à tout âge, même aux plus avancés, en transformant ses seniors en force de travail, robotiser et automatiser pour contrebalancer le manque de main-d’œuvre, exporter ses excédents sous forme de capital pour importer de la prospérité : le Japon prouve qu’une économie peut survivre, au moins un temps, à un hiver démographique.
Publié le lundi 25 novembre 2024 .
4 min. 09
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