Avec le PSG en finale de la Champions League, le « soft power » qatari rayonne. Le succès depuis des années de la chaîne de télévision « Al-Jazira », vecteur tout-puissant de projection extérieure du pays, en est un autre témoin. Pourtant, il y a moins d’un siècle, le Qatar, petite péninsule à peine plus grande que la Corse, n’était qu’un repère de pêcheurs de perles. Puis le pétrole, et surtout le gaz, ont jailli. Le pays est devenu riche, très riche. Avec un PIB par habitant proche de 120 000 dollars, il figure dans le top 5 mondial, loin devant la France à la 28? place.
Une population majoritairement immigrée
Ses habitants sont riches, enfin ceux de souche, c’est-à-dire une minorité. Car comme dans les autres États du Golfe, la population est majoritairement composée d’immigrés. Le Qatar compte un peu plus de 3 millions d’habitants, dont à peine plus de 350 000 sont Qataris, soit moins de 1% de la population totale. Les immigrés sont donc ultra-majoritaires, majoritairement des hommes, ce qui provoque un déséquilibre marqué dans la répartition par sexe. Une population venue d’Asie du Sud, d’Afrique du Nord ou des Philippines qui constitue 90% de la main-d’œuvre du pays. Le Qatar, c’est l’exploitation d’une double rente : pétrolière et d’immigration économique. Il exporte ses ressources naturelles, investit ses profits à l’étranger, et importe la force de travail nécessaire pour faire fonctionner l’économie et transformer son territoire. Le pétrole et le gaz restent néanmoins au cœur du modèle.
La puissance économique par les hydrocarbures
Troisième exportateur mondial de gaz naturel liquéfié, ils représentent 86% des exportations, pour un montant estimé à 83 milliards de dollars en 2024, soit 37% du PIB. Les hydrocarbures assurent également plus de 82% des recettes publiques. De quoi permettre au pays de générer de solides excédents commerciaux. La récente baisse des cours du pétrole et du gaz pèse sur les perspectives, mais sans compromettre pour l’instant les excédents courants. Ces revenus sont transformés en rente financière via le Qatar Investment Authority : huitième fonds souverain au monde avec 525 milliards d’actifs sous gestion, il est devenu un acteur majeur de l’économie mondiale, en diversifiant ses investissements à l’échelle géographique et sectorielle (énergie, luxe, numérique, immobilier), mais aussi dans le sport via sa filiale QSI, propriétaire à 100% du PSG et de BeIN Sport. Autant de leviers d’influence au service de la diplomatie et de la visibilité du pays.
L’économie interne et ses appuis
En interne, la rente pétrolière finance une administration et des entreprises publiques, bien rémunérées et réservées aux Qataris, ainsi qu’un secteur privé totalement dépendant de la main-d’œuvre étrangère. Celle-ci sert d’abord la population : selon Human Rights Watch, 100 000 migrants travaillent comme domestiques. Dans la santé, 69% des médecins et 91% des infirmiers sont étrangers. Elle développe aussi le pays : routes, métros, stades, hôtels… Le BTP, qui pèse 12% du PIB, repose à 100% sur des travailleurs immigrés, tout comme l’agriculture. Le commerce, l’hôtellerie et la restauration sont eux aussi massivement portés par des expatriés.
Le modèle qatari montre ainsi comment un État riche en ressources naturelles peut bâtir sa prospérité sur une autre rente – celle de l’immigration – en attirant des centaines de milliers d’étrangers.
Publié le lundi 26 mai 2025 .
4 min. 02
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