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Xerfi Canal présente l'analyse d'Alexandre Mirlicourtois, directeur de la conjoncture et de la prévision de Xerfi
La France est au bord de la déflation. Non pas une déflation profonde, mais plutôt une situation d'inflation zéro qui recouvre une déflation larvée dans de nombreux secteurs. C'est ce que montre de l'évolution des prix en avril. Corrigés des variations saisonnières, ils baissent de 0,2%, après avoir déjà reculé le mois précédent. Le bilan sur les 4 premiers mois de l'année est sans appel : 0% par rapport à décembre 2013 ! Des évolutions mensuelles à marée basse, qui enracinent l'inflation sur un an à moins de 1%. Et signe que les forces inflationnistes ont quasiment disparu, l'inflation sous-jacente est plus basse encore. Pour faire bref, en ôtant les prix encadrés par l'État (électricité, gaz, tabac...) et les composants les plus volatiles (produits pétroliers, produits frais, par exemple) donc en se concentrant uniquement sur les seuls composants permanents, la hausse des prix est de 0,5% seulement. Première question : ce mouvement est-il appeler à durer, voire à se renforcer ? La direction prise par l'inflation sous-jacente est déjà une première réponse car elle est le reflet de la vraie dynamique des prix. Quant aux déterminants traditionnels de l'inflation ils vont tous dans le même sens :
1- le taux de chômage est élevé et continue de croître même si c'est plus lentement. La pression sur les salaires est donc forte et les revalorisations s'effectuent au compte-goutte.
2- L'appareil de production est toujours très peu sollicité comme le dévoile le taux d'utilisation des capacités de production qui en avril dernier était toujours inférieur à 5 points de moyenne de long terme. Alors certes, il remonte mais c'est à pas comptés et il reste encore très en dessous de son niveau standard.
3- Le taux de change. L'euro s'est considérablement renforcé aux fils des mois et fluctue désormais autour de 1,38 dollars. La conséquence est directe sur le prix des produits importés qui diminue. C'est la composante importée de la déflation.
Tous ces éléments convergent vers une dynamique légèrement déflationniste. Seconde question : est-ce une bonne ou une mauvaise nouvelle pour l'économie française ? Il faut en fait distinguer le court, du long terme. En première analyse, c'est une bonne nouvelle pour le consommateur. A l'heure où les rémunérations stagnent, cela limite les dégâts sur le pouvoir d'achat et permet de maintenir à flot la consommation et contribue ainsi au maintien de l'activité. Mais à plus long terme, les prix bas cachent une autre réalité, celle du sacrifice des marges. A à peine 28%, le taux de marge des sociétés françaises est à un plancher depuis près de 30 ans. L'histoire prend alors une autre direction. Plus d'autre choix, pour accompagner les nouvelles baisses des prix, que de peser sur les salaires, l'emploi, l'investissement et les fournisseurs. Les prix de production en témoignent : les entreprises doivent composer avec une demande étouffée et s'adapter en baissant encore plus leurs prix, et le piège se referme. Une mécanique infernale qui menace très sérieusement la France mais plus globalement toute la zone euro. Et après avoir systématiquement sous-estimé le risque déflationniste, la BCE se montre aujourd'hui plus soucieuse des risques induits par une période trop longue de basse d'inflation et se dit prête à agir pour éviter de glisser vers la déflation. Sa prochaine réunion de politique monétaire début juin lui ouvre l'opportunité de passer à l'acte.
Alexandre Mirlicourtois, Déflation : le piège se resserre, une vidéo Xerfi Canal
Publié le lundi 19 mai 2014 .
3 min. 47
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