Il y a encore dix ans, l’énergie nucléaire semblait sur le déclin en Europe. L’Allemagne sortait du nucléaire, la Belgique hésitait, l’Italie renonçait. Mais les bouleversements géopolitiques, l’inflation énergétique et la pression climatique ont renversé la tendance. En 2025, le nucléaire revient par nécessité.
Un socle européen qui s’élargit
En mai 2025, 17 pays européens exploitent 166 réacteurs. Dans l’UE, 13 États membres ont une production nucléaire active. Depuis 2023, l’Alliance européenne du nucléaire rassemble 16 pays, dont la France, la Hongrie, la Pologne ou la Roumanie, pour mutualiser innovations, investissements et compétences. À l’horizon 2050, ils visent 150 GW de capacité nucléaire, en misant sur 30 à 45 nouveaux grands réacteurs et des SMR, ces petits réacteurs modulaires.
15 mai 2025 : le Danemark lève l’interdiction nucléaire
Coup de théâtre : le 15 mai 2025, le Parlement danois abroge l’interdiction de produire de l’énergie nucléaire, en vigueur depuis 1985. Objectif : explorer l’intégration de SMR dans un mix dominé par l’éolien. Une étude nationale d’un an doit évaluer les conditions techniques, économiques et environnementales d’un éventuel déploiement. Un signal politique fort venant d’un pays historiquement antinucléaire.
La France : relance ambitieuse, aléas industriels
Avec 56 réacteurs en activité, la France reste la première puissance nucléaire d’Europe. Le plan Macron de six EPR2 (plus huit possibles) se heurte toutefois à la réalité industrielle. En janvier 2025, la Cour des comptes juge la filière « insuffisamment préparée ». En parallèle, la start-up Jimmy Energy développe un SMR thermique de 10 MW, avec un premier site prévu à Bazancourt.
Une géopolitique du nucléaire en recomposition
La Pologne avance avec sa première centrale (Westinghouse), jugée « prête à 58 % ». En Finlande, l’EPR Olkiluoto 3, actif depuis 2023, a subi une fuite de liquide radioactif en mars 2025, sans conséquences majeures. Le Royaume-Uni, confronté à l’explosion des coûts du projet Sizewell C (désormais à 40 milliards de livres), voit EDF sommée de limiter ses engagements pour préserver ses projets français.
Les SMR, nouvel espoir industriel européen ?
Plus compacts, plus rapides à construire, les SMR, ces petits réacteurs modulaires, suscitent l’intérêt de nombreux États européens. Au-delà de la France, la Roumanie, la Suède ou la Tchéquie misent sur ce format pour industrialiser une relance nucléaire plus souple. L’Union européenne en a fait une priorité stratégique depuis 2023.
Hydrogène nucléaire : un enjeu de souveraineté à débloquer
Le retard de la Commission à reconnaître l’hydrogène produit à partir de nucléaire comme bas-carbone crispe les industriels. Pour les défenseurs du nucléaire, c’est une hypocrisie qui affaiblit l’Europe face aux États-Unis et à la Chine, plus pragmatiques.
Le nucléaire revient au centre du jeu
Un constat s’est imposé : la transition énergétique ne peut reposer uniquement sur les énergies dites vertes et renouvelables. Le retour du nucléaire n’est plus idéologique : il est géopolitique, économique et climatique. Même le Danemark, pionnier du vent, en a pris acte. Le basculement européen est discret, mais profond.
Publié le mercredi 28 mai 2025 .
3 min. 36
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