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25/09/201804:17

Pour comprendre la politique américaine, il faut d'abord suivre l'odeur du pétrole. Ce n’était donc pas un hasard si à peine élu Donald Trump avait nommé au poste de chef de la diplomatie américaine, Rex Tillerson, ancien Pdg d’Exxon Mobil et ami de longue date de Vladimir Poutine. Si celui-ci a été limogé depuis, cela montre à quel point l'énergie est l’un des principaux axes de la politique étrangère des Etats-Unis. Une politique étrangère, qui vise essentiellement à contenir les ambitions de la Chine.

 

USA, un nouveau géant pétrolier

 
Ce cadre posé, il faut tout de suite entrer dans l’équation l’évolution fondamentale de la courbe de la production américaine de brut. A 11 millions de barils jours, elle est à son pic historique et place les Etats-Unis, si ce n’est à la première place, au moins dans le trio de tête des plus grands pays producteurs de pétrole au monde aux côtés de la Russie et de l’Arabie Saoudite. La phase de dumping, de conquête des parts de marché et de réduction de la dépendance aux importations a produit ses résultats et cela change fondamentalement la donne. En redevenant un géant pétrolier, un prix bas du baril n’est plus dans l’intérêt de l’économie américaine compte tenu des effets d’entrainement du secteur pétrolier sur celui de l’énergie et ses retombés sur l’investissement et l’emploi. Or à 80 dollars, le cours actuel du brut convient aux compagnies américaines en couvrant parfaitement leurs coûts de production et en leur permettant, aussi, de continuer d’investir dans l’exploration-production. Depuis 2009, date où les américains investissent en masse dans le pétrole schiste, il existe en effet une interaction très grande, entre d’un côté le nombre d’appareils de forage pétroliers et de l’autre le prix du baril.

 
Toutefois, en inondant le marché mondial de son pétrole de schiste, le risque est bien entendu celui d’une chute brutale des cours incompatibles avec la rentabilité du secteur pétrolier américain. Il est donc essentiel que l’offre américaine chasse une partie de l’offre mondiale pour assurer sa domination.

 

Soutenir les cours à tout prix

 
C’est en partie chose faite. Il y d’abord le Vénézuela qui s’est d’abord sabordé. Lorsque Chavez était en fonction, le secteur pétrolier a été largement nationalisé tandis que les compagnies étrangères ont été chassées du pays, ce qui a entraîné un manque d'investissements et une stagnation de la production, avant son déclin sous l’ère Maduro. Certes ce dernier a signé des accords en août dernier avec des sociétés pétrolières internationales, dans le but de d’augmenter la production d’un million de baril par jour. Mais le pays s’est de suite trouver dans le viseur américain rendant de fait caduc ou presque les accords passés.

 
Les sanctions envers l’Iran vont dans le même sens et se traduiront par une baisse sensible de la production et des exportations iraniennes. L’ordre de grandeur est connu. Il sera peu ou prou égal au choc de 2012 avec, à la clé, une chute de la production d’1 million de barils.

 
La hausse des cours a également été favorisé par la mise en place des quotas de production, avec comme chef de fil deux des alliés objectifs des Etats-Unis qui eux aussi ont besoin d’un pétrole cher avec du côté des pays membres de l’OPEP, l’Arabie Saoudite et des pays non-membres, la Russie. Pour l’Arabie, un baril à plus de 80 dollars est une impérieuse nécessité. La plupart des Saoudiens sont employés par l'Etat et bénéficient depuis longtemps d'un généreux système de prestations sociales dont le financement nécessite un prix du baril élevé. Pour ce pays qui tire 90% de ses revenus fiscaux du pétrole, un fléchissement des cours induit une dégradation immédiate de ses comptes extérieurs et publics. Idem pour la Russie dont la croissance depuis 2009 reste accrochée aux oscillations du cours de l’or noir.

 
En revanche pour la Chine, devenu le plus grand importateur de pétrole du monde, la facture est salée : l’Empire du Milieu a importé 8,4 millions de barils par jours en 2017. À 54,40 dollars le baril en moyenne, la facture s’élève à 167 milliards de dollars. À 80 dollars, la facture passe alors à 245 milliards en année pleine, soit une hausse de 78 milliards l’équivalent de 20% de son excédent extérieur. Et c’est sans parler de l’Europe et notamment de l’Allemagne. Que ce soient pour des raisons internes ou externes, un prix du baril élevé arrange bien les affaires des Etats-Unis, un argument qui a lui seul exclu à court terme toute baisse du prix du baril.


Mots clés : Economie mondialeEnergie / EnvironnementPétroleBarilBrentEtats-UnisOPEP

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