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« Les mains sont l’instrument de la création, mais d’abord l’organe de la connaissance. » Cette vérité formulée par Henri Focillon en 1934 résonne avec une acuité particulière à l’heure de l’intelligence artificielle.

Une toute récente étude de Microsoft Research est venue en juillet dernier bouleverser nos représentations de l’IA générative au travail.

Un des premiers résultats de l’étude concerne l’asymétrie entre ce que cherchent les utilisateurs et ce que fait réellement l’IA. Dans 40% des cas, ces objectifs sont disjoints. Quand un professionnel recherche des informations complexes, l’IA joue davantage un rôle de conseiller que d’exécutant direct, et cela peut en frustrer bon nombre. L’IA, c’est en somme un très bon assistant qui reconfigure le travail mais ne le remplace pas.

Autre résultat en termes d’impact de l’IA générative sur le travail : les métiers du savoir et de la communication sont en première ligne. 98% des activités des interprètes et traducteurs sont recoupées par les capacités démontrées de l’IA. Les commerciaux et chargés de service client verront également leurs activités fortement impactées. Pourquoi ? Parce que l’IA excelle dans la collecte d’informations, la rédaction et l’explication. À l’inverse, elle peine encore sur l’analyse de données complexes ou la créativité visuelle.

Autre résultat associé : l’impact de l’IA n’est que faiblement corrélé avec le niveau de salaire. Historiquement, l’automatisation a affecté les emplois les moins qualifiés et les moins bien payés, comme les tâches manuelles. À l’inverse, la révolution IA se concentre sur ledit « travail du savoir ». Cependant, ce n’est pas le salaire qui détermine si un emploi est un travail du savoir, mais plutôt la proportion de tâches fondées sur le langage, la synthèse d’information et la communication. Les emplois à revenu moyen, notamment dans les ventes et le support administratif, sont souvent plus impactés que les très hauts salaires car une grande partie de leurs tâches (rédaction, préparation de documents, gestion de plannings) se fonde sur l’information et la communication. En revanche, les emplois à salaires très élevés, comme les postes de direction, nécessitant des décisions stratégiques complexes et des interactions humaines nuancées (ayant le sens du politique) sont plus difficiles à substituer ou à automatiser par l’IA.

Pour naviguer dans les eaux de l’IA, trois stratégies s’esquissent. D’abord, repenser la machine comme un partenaire asymétrique, c’est-à-dire accepter qu’elle ne reproduise pas nos façons de travailler mais qu’elle agisse à nos côtés avec des approches différentes - là où nous cherchons, elle explique ; là où nous créons, elle structure. Ensuite, développer une « littératie IA » - cette capacité à comprendre le fonctionnement des algorithmes, à formuler des requêtes efficaces et à interpréter leurs réponses. Enfin, identifier les zones de valeur humaine irremplaçables telles que le jugement contextuel, l’intelligence émotionnelle, la créativité complexe.

D’ailleurs, face à cette révolution technologique, les métiers manuels - construction, artisanat, soins physiques - résistent remarquablement. Avec des scores d’impact dérisoires, ces métiers, longtemps dévalorisés par nos sociétés post-industrielles, retrouvent paradoxalement leur noblesse : la capacité à transformer la matière par le geste, à créer par la main, à soigner par le contact. Ils incarnent cette humanité de l’humain que l’IA, dans sa virtualité, ne pourra jamais égaler… à moins de prochainement trouver corps.


Publié le lundi 27 octobre 2025 . 4 min. 15

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