Les études se suivent et se ressemblent : oui, l’effet de l’exposition permanente à internet est néfaste pour notre cerveau. Chacun le sait, et pourtant, personne n’en tire les conséquences : contrairement à la consommation de tabac qui a diminué quand ses effets cancérigènes ont été prouvés, l’utilisation d’internet ne cesse d’augmenter. Et je ne parle pas ici des réseaux sociaux, dont les conséquences sur la santé mentale, des jeunes en particulier - mais pas seulement - sont absolument dramatiques.
Une mémoire sous perfusion numérique
L’effet majeur d’Internet, c’est que notre cerveau est devenu dépendant de cette mémoire extracorporelle. La masse de nos connaissances sémantiques rétrécit. Nos souvenirs autobiographiques sont altérés. Nos capacités de planification diminuent. Notre mémoire spatiale est, elle aussi, touchée.
L’effet Google : savoir qu’on saura suffit
En résumé, la vaste bibliothèque qu’est internet est devenue pour nous une sorte de béquille mnésique. Parce que nous savons que nous allons retrouver en ligne le nom de tel acteur, la date de tel évènement historique ou le chemin qui nous emmène à tel endroit, nous perdons ces informations. C’est l’effet Google, démontré déjà il y a une quinzaine d’années, et réversible dans une certaine mesure : si l’on apprend que cette information va être effacée, nous retrouvons la mémoire.
ChatGPT, nouveau cerveau par procuration
On ne sait pas encore ce que les IA génératives, tel ChatGPT, vont provoquer comme altérations : car non seulement elles fragmentent notre accès à l'information, mais elles fournissent une capacité de raisonnement et de personnalisation. Il ne s’agit plus seulement d’une mémoire externe : l’IA peut penser pour nous, raisonner pour nous. Elle fait des devoirs à la place des élèves : certains l’utilisent aveuglément, d’autres avec habileté, mais on n’a pas encore évalué ses effets sur les capacités d’apprentissage.
Moins d’effort, moins de cognition ?
Lorsqu’on n’a pas besoin de faire de longue recherche pour obtenir un résultat, comprend-on, mémorise-t-on, raisonne-t-on de la même façon ? Quoi qu’il en soit, la propension que nous avons à utiliser Internet comme une expansion digitale de notre cerveau est démultipliée.
Surprise : les seniors tirent bénéfice du numérique
Mais il y a quand même une bonne nouvelle, à en croire la très sérieuse revue Nature Human Behaviour. Elle ne concerne que les plus âgés, au-delà de 65 ans. Il s’agit d’une analyse synthétique de 136 études qui montrent que l'exposition à Internet aurait un effet protecteur : à âge, catégorie socioprofessionnelle et niveau d'éducation équivalents, les utilisateurs réguliers d'Internet ont un risque de déficience cognitive inférieur de 58 % à celui des non-utilisateurs.
Mieux qu’un régime ou que le scrabble
C’est un chiffre très important, qui signifie que l’effet protecteur est supérieur à celui que procure une activité physique régulière ou une alimentation saine. Il est même supérieur à celui que procurent d’autres activités intellectuelles, comme jouer au scrabble ou faire des puzzles. Utiliser internet lorsqu’on prend de l’âge stimule notre engagement et facilite le maintien de connexions sociales.
Un bilan cognitif à géométrie variable
S’il faut retenir une seule chose, c’est que le bilan cognitif d'Internet n'est pas linéaire avec l'âge. Il est nocif pour les enfants et les jeunes, neutre à l'âge adulte et très positif quand notre plasticité cérébrale commence à diminuer.
Publié le mardi 27 janvier 2026 .
3 min. 22
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