Nous connaissons tous la procrastination, cette tendance à reporter au lendemain ce qui pourrait être fait aujourd’hui. Mais connaissez-vous son opposé, la précrastination ? Ce concept, mis au jour en 2014 par David Rosenbaum de l’Université de Californie et ses collègues, rend compte de notre tendance à nous précipiter pour accomplir des tâches, même lorsque celles-ci impliquent un effort supplémentaire inutile.
Ce phénomène a été identifié presque par accident par l’équipe de Ronsenbaum alors qu’elle cherchait à observer la planification motrice. Des étudiants devaient marcher le long d’une allée et choisir entre deux seaux à transporter jusqu’au bout : l’un proche du départ, l’autre proche de l’arrivée. Logiquement, ces étudiants auraient dû prendre le seau le plus proche de l’arrivée pour minimiser leurs efforts physiques. Résultat surprenant : 59% choisirent le seau le plus proche du départ. Leur justification ? « Pour en finir au plus vite ! »
Cet empressement à « cocher la case » éclaire d’un jour nouveau nos comportements en entreprise… lorsque nous répondons frénétiquement à des emails dès leur réception, au lieu de prendre le temps de la réflexion, lorsque nous nous précipitons sur de simples notifications ou des tâches visibles, au détriment de l’important. Serions-nous en train de confondre vitesse et efficacité ?
Dans nos sociétés structurées de plus en plus autour de la réactivité immédiate et de l’urgence, la précrastination a de quoi s’installer comme norme comportementale ; d’autant plus qu’elle répond à un besoin cognitif on ne peut plus contemporain, celui de soulager la charge mentale. Comme le soulignent les chercheurs, la précrastination servirait à libérer notre mémoire de travail. Maintenir une intention en tête – « je dois faire ceci plus tard » - consomme des ressources cognitives. Aussi, en accomplissant une tâche immédiatement, nous soulageons notre esprit de la tâche en attente, peu importe le coût physique supplémentaire ou le manque d’efficacité. C’est le syndrome du « je m’en débarrasse » qui prime sur l’optimisation.
Dans un contexte de surcharge informationnelle et de multiplication des sollicitations, les entreprises sont des lieux propices à la précrastination, par laquelle l’urgent est privilégié au détriment de l’important, le visible au détriment du stratégique. Cette course permanente amenuise la qualité du travail produit… et va même, comme l’indique une étude plus récente de Rosenbaum et de ses collègues, jusqu’à transformer la motivation des collaborateurs les plus consciencieux en inefficacité systématique.
Face à ce constat, une question s’impose : nos organisations sauront-elles ralentir pour aller plus haut et plus loin, ou resteront-elles prisonnières de cette illusion d’efficacité que constitue la précrastination ?
Publié le mardi 06 janvier 2026 .
3 min. 26
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d'Anne-Laure Donati Boncori
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