Connexion
Accédez à votre espace personnel
Recevez nos dernières vidéos et actualités quotidiennementInscrivez-vous à notre newsletter
ÉCONOMIE
Décryptages éco Intelligence économique Intelligence sectorielle Libre-propos Parole d'auteur Graphiques Notes de lecture
STRATÉGIE & MANAGEMENT
Comprendre Stratégies & Management A propos du management Parole d'auteur Notes de lecture
IQSOG
RUBRIQUES
Économie généraleFranceEurope, zone euroÉconomie mondiale Politique économique Emplois, travail, salairesConsommation, ménagesMatières premières Finance Géostratégie, géopolitique ComprendreManagement et RHStratégieMutation digitaleMarketingEntreprisesFinanceJuridiqueRecherche en gestionEnseignement, formation
NEWSLETTERS
QUI SOMMES-NOUS ?


La dictature du développement durable et soutenable

Publié le jeudi 10 mars 2022 . 4 min. 25

Voir plus tard
Partager
Imprimer

L’omniprésence du développement durable dans le discours managérial devient problématique. En plus de vampiriser tous les discours d’entreprises, la soutenabilité irrigue même le champ académique. Un collègue nous conseillait l’autre jour d’introduire coûte que coûte le terme sustainability dans le titre de nos papiers de recherche - quel qu’en soit le thème -, si nous souhaitions avoir une chance de les voir publier dans une revue scientifique. Comme si la soutenabilité était devenue un critère de validité et d’intérêt dans le domaine de la production scientifique. C’est dire l’emprise de cette notion dans le champ social et culturel.

Or la soutenabilité est très difficile à définir précisément sans rentrer dans des considérations purement tautologiques (du type de ce que l’on peut lire dans les rapports de développement durables de la plupart des entreprises qui polluent le plus la planète) ; cette idéologie rampante s’appuie sur un système de croyances que l’on pourrait résumer ainsi : le saccage de la nature résulte d’une idéologie prométhéenne qui fait de l’homme un « maître et possesseur de la nature pour reprendre les mots de Descartes ». L’idéologie de la durabilité s’appuie donc sur une dialectique disneysée entre la gentille nature et la méchante culture. Mais c’est oublier un peu vite que la nature est une notion culturelle et que cette opposition s’appuie sur une illusion. Quand on évoque la nature on pense aux espaces verts, aux champs, aux prés, aux montagnes, aux animaux, bref tout ce qui ne fait pas partie de la création humaine et n’a pas été touché par l’homme Mais on parle également de la nature de l’homme ou encore d’une personne qui se comporte de façon naturelle, c’est-à-dire qui est spontanée. L’opposition entre nature et culture distingue dans l’ordre des phénomènes ceux qui relèvent des régularités mécaniques et ceux qui indiquent des intentions morales ; mais elle est aussi une catégorie de pensée et de langage dont l’anthropologie s’est servie pour expliquer que la diversité des phénomènes humains s’appuie sur l’unité d’une nature. C’est tout le mérite de l’anthropologue Philippe Descola d’avoir montré que la nature n’existe pas. Penser que d'un côté, il y a un monde naturel que les sciences dites « dures » seraient chargées de décrire et de comprendre, et que de l'autre, il y a la culture, les sociétés et la singularité supposée de l'être humain par rapport aux plantes et aux animaux (domaine des sciences humaines et sociales) n’a rien d’universel. C’est une vision ethnocentrée qui façonne toutes nos actions. Pensons par exemple à la préservation de paysages sauvages dont on pense qu’ils ne devraient pas ou plus être saccagés par l'homme.


Comme le rappelle Descola, la nature n’est pas un domaine d’objets en tant que tel. C’est une construction qui permet de donner une saillance à tout ce à quoi on oppose cette notion. A ce titre on parle volontiers de la nature et de la société, de la nature et de l’homme, de la nature et de l’art, de la nature et de la religion. C’est pourquoi il est nécessaire de repenser cette opposition fictionnelle et illusoire. Or c'est le bain intellectuel dans lequel nous évoluons en occident. Les humains y sont perçus comme étant les seuls détenteurs d'une capacité cognitive – l'esprit – qui les distingue radicalement des non-humains. Ces derniers sont englobés dans une « nature » régie par un même système de lois mises en évidence par la physique, la biologie, la chimie.  Pourtant, ce qui compte est le vivant, ce qui fait que la vie existe. Se situer dans le monde, en interaction et en interdépendance avec le reste du vivant, doit nous conduire à dépasser le clivage traditionnel entre le naturel et le culturel. Le système naturaliste qui sous-tend ce dualisme, nous empêche de penser différemment. Cela signifie donc que la sustainability nous oblige à remettre profondément en cause notre système naturaliste. Il en va de sa possibilité et de sa crédibilité. A moins de vouloir se complaire éternellement dans le baratin…


x
Cette émission a été ajoutée à votre vidéothèque.
ACCÉDER À MA VIDÉOTHÈQUE
x

CONNEXION

Pour poursuivre votre navigation, nous vous invitons à vous connecter à votre compte Xerfi Canal :
Déjà utilisateur
Adresse e-mail :
Mot de passe :
Rester connecté Mot de passe oublié?
Le couple adresse-mail / mot de passe n'est pas valide  
  CRÉER UN COMPTE
x
Saisissez votre adresse-mail, nous vous enverrons un lien pour définir un nouveau mot de passe.
Adresse e-mail :

STOCKAGE DE VOS DONNÉES

Xerfi Canal utilise et stocke des informations non sensibles (par exemple : adresses IP, données de navigation, identifiants) obtenues par le dépôt de cookies ou technologie équivalente sur votre appareil. L’utilisation de ces données nous permet de mesurer notre audience et de vous proposer des fonctionnalités et des contenus personnalisés.

Les données stockées par Xerfi Canal ne sont en aucun cas partagées avec des partenaires ou revendues à des tiers à des fins publicitaires.

Vous pouvez librement donner, refuser ou retirer à tout moment votre consentement en accédant à notre outil de paramétrage des cookies.

ACCEPTER PERSONNALISER REFUSER

PERSONNALISEZ LE STOCKAGE
DE VOS DONNÉES

Cookies Google AnalyticsCes cookies permettent d’obtenir des statistiques de fréquentation anonymes du site Xerfi Canal afin d’optimiser son ergonomie, sa navigation et ses contenus.

Cookies de personnalisation du parcours de visiteCes cookies nous permettent de vous proposer, en fonction de votre navigation sur le site, des contenus et/ou des offres de produits et services les plus adaptés à vos centres d’intérêt.

Vous pourrez librement et à tout moment modifier votre consentement en accédant à notre outil de paramétrage des cookies.

VALIDER ANNULER