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28/06/201804:18

Une récente publicité affichée dans le métro parisien titrait : « entrez rêveur, sortez manager ». Il s’agissait alors de défendre les couleurs d’une école de gestion, qui semblait vouloir nous dire que « rêver » est bien l’une des deux conditions pour précisément « devenir manager ». L’autre étant je suppose d’intégrer cette école. Pour concrétiser nos rêves il faut savoir manager, mais pour devenir tel, le premier acte est celui du songe. Pour devenir bon manager, commençons donc par rêver.

 

En réalité, cette affiche prolonge ce que nous croyons faire lorsque nous rêvons : ou bien faire oeuvre de prophétie. C’est là l’idée de premiers orinocrites de l’Antiquité comme Artémidore de Daldis au 2ème siècle. Le rêve serait une sorte d’inspiration qui viendrait du ciel. Ou bien il s’agit, c’est l’acception contemporaine la plus largement partagée, de l’ensemble inconscient de nos désirs insatisfaits exprimés durant le temps de sommeil. C’est là le cœur de l’approche psychanalytique : le rêve émet des frustrations, ou bien des aspirations, qui sont en rapport avec le complexe d’oedipe, la culpabilité ou encore liés à notre relation avec papa-maman.


Avec ce livre important consacré à l’interprétation sociologique des rêves, Bernard Lahire en renouvelle complètement la compréhension. Selon ce sociologue professeur à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon, nos rêves seraient d’abord pris dans l’étau de notre vie sociale. Pour dire les choses simplement : les étudiants en management rêvent plus souvent d’entreprises que ceux qui étudient le dessin, lesquels ont plus de chance de rêver de toiles de maîtres que ceux qui apprennent la musique. Autrement dit les rêves ne sont pas en quelque sorte « distribués » de manière aléatoire mais dépendent de notre environnement social, de nos parcours de vie personnelles et professionnelles. « Les frères et sœurs de handicapés rêvent de la situation problématique du handicap » explique Lahire. « Quant aux enfants vivants dans des zones de combat, (ils) rêvent de scènes de guerre etc.. ».

 

Malgré le mérite qu’il reconnaît à Sigmund Freud, tout au long de cette discussion instruite que constitue finalement la trame de l’ouvrage, il critique son approche du fait onirique. A la manière des économistes libéraux réduisant les motivations de l’acteur économique à la maximisation de son intérêt personnel, le grand psychanalyste et ses disciples ont eu tendance à trop se focaliser sur l’interprétation sexuelle et inconsciente des rêves au détriment d’une compréhension plus ancrée sur leur caractère social. Or, pour Bernard Lahire, le rêve n’est pas le lieu du refoulement mais celui, nous dit-il, d’une « communication de soi à soi » et du plus « intime de nos journaux intimes » car «  sans audience extérieure ».

 

En bref, contrairement à l’idée que le rêve est la projection de nos espoirs ou de nos frustrations, il serait d’abord le lieu où sont posés les problèmes de nos existences, où s’exprime nos craintes mais aussi les moyens de sortir des problèmes auxquels nous sommes confrontés. C’est pourquoi les études citées mettent en évidence que ce ne sont pas les situations plaisantes qui sont au cœur de nos rêves mais plutôt les difficultés que nous rencontrons, notamment au travail : les entretiens d’embauche, les entretiens annuels d’évaluation, les demandes d’augmentation de salaire arrivent ici en bonne place. Le rêveur finalement ressasse ses angoisses, essaie de contrarier les nécessités du réel en quelque sorte, pour tenter d’y voir plus clair, dans un langage qui n’appartient qu’à lui seul. Prolongeant la lointaine intuition d’Héraclite qui écrivait que « ceux qui sont éveillés sont dans un même monde » certes, « mais que ceux qui dorment sont dans un monde particulier ».

 

Ainsi le rêve n’a-t-il, au final, rien de très magique. Il est une expression de soi comme une autre, comme les discours publics, le récit de nos phantasmes ou les propos sous hypnose. Dès lors, comment apprendre à décrypter nous-même ce que recèlent nos rêves : c’est hélas dans le second tome seulement, à paraître, que la méthodologie d’interprétation proposée par l’auteur sera davantage établie. Ainsi peut-être un jour nous serons révélées une nouvelle manière de comprendre nos songes, et de démêler ainsi nos conflits intérieurs pour mieux vivre avec nos émotions. De cela donc les managers et managés peuvent d’ores et déjà rêver.


Mots clés : ManagementIdées & débatsPhilosophieSociologiemanagersrêveonirisme

L'interprétation sociologique des rêves

L'interprétation sociologique des rêves

Auteur : Bernard Lahire
Date de parution : 04/01/2018
Éditeur : La Découverte
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