Le pouvoir aérien n’est plus entre les mains des compagnies, mais des États qui contrôlent les hubs, les corridors et les droits de trafic, en imposant leurs priorités géopolitiques et leurs accords bilatéraux. De fait, les avions ne constituent plus un véritable levier stratégique : ce sont les infrastructures, les routes aériennes négociées et la diplomatie active qui déterminent la hiérarchie mondiale du ciel selon la dernière étude Xerfi de 2025 sur le marché mondial du transport aérien.
Un trafic à un niveau historique
De fait, la barre des 10 milliards de passagers sera dépassée en 2026. Le ciel est saturé de flux, et ces flux sont devenus un actif géopolitique. Comme le souligne l’étude Xerfi, seuls les pays capables d’orchestrer ces masses via des hubs géants transforment cette demande en puissance réelle.
Le Golfe : la stratégie la plus radicale et la plus efficace
Les Émirats arabes unis et le Qatar ont fait des hubs des armes diplomatiques. Dubaï, Doha, Abou Dhabi détournent les flux Europe–Asie–Afrique en imposant leur territoire comme l’escale incontournable. Leur avance est fulgurante : ils captent le trafic premium mondial grâce à des infrastructures surdimensionnées, financées comme des projets d’État.
La Chine : l’irrésistible montée en puissance
Mais c’est Air China qui aura enregistré la croissance la plus élevée du secteur avec une progression de près de 10% en 2025, après plus de 18% en 2024. Mais l’essentiel est ailleurs : Pékin, Shanghai et Canton s’imposent désormais comme les nouveaux centres de gravité du ciel mondial. La Chine ne se contente plus de croître : elle reconfigure les routes aériennes à son profit, en connectant le transpacifique et l’Eurasie à travers ses propres hubs, devenus des pivots géostratégiques.
Les États-Unis : puissance intérieure, vulnérabilité extérieure
Les États-Unis dominent encore le domestique, mais leur suprématie internationale s’érode. Seules Delta et United conservent des marges solides. Le reste du marché long-courrier s’échappe vers le Golfe et l’Asie, qui captent les flux premium et les correspondances.
La France et CDG : un hub sous contrainte
Paris-Charles-de-Gaulle reste un hub majeur. Air France y concentre plus de 95 % de ses correspondances long-courrier. Mais CDG est un hub sous contraintes : saturation des créneaux, coûts élevés, pressions environnementales, concurrence du low-cost européen. Face à des plateformes comme Dubaï, Doha, Shanghai ou Istanbul qui ajoutent des capacités massives, CDG avance plus lentement. La France reste dans le premier cercle mondial, mais n’impose plus le tempo.
Le vrai pouvoir est désormais au sol
Dans cette guerre du ciel, ce sont les États – et non les compagnies – qui fixent les règles du jeu et orientent les flux selon leurs intérêts. Celui qui maîtrise les hubs contrôle les routes aériennes, façonne les corridors stratégiques et affirme sa souveraineté. Et celui qui dicte les routes verrouille, durablement, l’architecture même du ciel mondial. Un centre de gravité qui glisse irrésistiblement vers l’Asie et le Golfe.
Publié le lundi 05 janvier 2026 .
3 min. 19
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