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Depuis deux ans, l’antisémitisme, qui n’avait jamais disparu, ressurgit avec une virulence inouïe.
Ce que nous vivons, c’est une guerre des récits : une bataille sémantique où la haine se dissimule sous les oripeaux du juste, où la victime est lentement transformée en coupable. C’est une mécanique de communication redoutable, un cadrage rhétorique inversé, où la parole du persécuté devient suspecte et celle de l’oppresseur se fait morale.

L’antisémitisme contemporain ne se dit plus frontalement. Il s’habille du langage du progressisme, du décolonial, de la critique des dominations. Il se pare de l’épistémé du “dominant-dominé”. C’est un antisémitisme ordinaire, pour reprendre le vocabulaire du sexisme ordinaire : diffus, dénié, presque anodin. Il glisse dans les conversations, dans les plateaux télé, dans les universités. Il se masque derrière des références culturelles ou géopolitiques : le pouvoir, l’argent, “le lobby”, “l’État colonial”. Ces glissements réactivent, sans le dire, les vieux imaginaires du XIX? siècle — le juif dominateur, le juif perfide, le juif coupable.

La figure du juif prend tellement de place qu’on en oublierait presque les agents terroristes dans l’affaire.
Dans ce contexte Gaza est devenu le paravent de ce discours de haine. On ne parle plus d’un conflit tragique entre États, mais on rejoue des archétypes millénaires. Comme si le juif redevenait le point de condensation de toutes les colères. Et derrière l’“anti-Israël” se profile l’“antisionisme”, qui finit presque toujours par l’“antisémitisme”, comme si chaque juif était, par essence, un Netanyahu en puissance.

En France, une hostilité qu’on n’avait plus vue depuis des décennies prolifère, parce qu’elle se déguise en discours critique, en posture morale, parfois même en théorie. Plus besoin de croix gammée : il suffit du vernis du militantisme, de la rhétorique de l’opprimé et de la sophistication universitaire.

Mais cette inversion des responsabilités n’est pas une erreur d’analyse : c’est une violence politique. Elle renverse l’éthique démocratique elle-même. À force de désigner la victime comme coupable, on justifie toutes les violences. Et c’est là, précisément là, que la démocratie bascule.


Publié le mercredi 03 décembre 2025 . 2 min. 30

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