Nous connaissons déjà la fin du film : il n’y en a pas.
La politique contemporaine vit en mode spoiler. On multiplie les effets d’annonce, on “tease” des réformes, on promet des plans spectaculaires. Mais entre l’annonce et le résultat, il ne se passe rien. Ou si peu qu’on ne le perçoit pas.
C’est le règne du performatif creux. Quand dire c’est faire, mais que le dire ne produit plus rien. Emmanuel Macron en a fait une grammaire : son livre Révolution, publié en 2016, s’annonçait comme un manifeste fondateur. Le titre seul a suffi à emporter des milliers de lecteurs potentiels dans l’illusion de la nouveauté. Mais qui a ouvert le livre ? Et surtout : quelle révolution a suivi ? La promesse s’est consommée dans le mot lui-même.
Un milliard pour Marseille ? Le chiffre a suffi à donner l’image de l’action. Le Ségur de la Santé ? Le mot a tenu lieu de plan. Les cahiers de doléances des gilets jaunes ? Ils ont incarné l’écoute avant de sombrer dans l’oubli. Dans chacun de ces cas, l’annonce n’a pas été le prélude de l’action : elle a été l’action.
Et ce n’est pas qu’une spécificité française. Donald Trump, en campagne, promettait la paix : la paix au Proche-Orient, la paix en Ukraine. Le slogan faisait mouche, le titre de presse suffisait à créer l’illusion d’une diplomatie puissante. Mais la paix ne se décrète pas en conférence de presse, elle se construit dans la durée, au prix d’une complexité infinie. Entre l’annonce et le réel, un gouffre.
Ce gouvernement par bandes-annonces sature l’espace médiatique. On occupe le flux d’actualité par un nouvel effet d’annonce, avant même que le précédent ait pu être confronté au réel. On fabrique une illusion de mouvement : un chantier permanent de mots, sans chantier réel. Le paradoxe, c’est que cette stratégie fonctionne à court terme. Le mot crée l’image, l’image occupe la une, l’illusion rassure. Mais le réel, lui, reste intraitable. L’hôpital déborde, Marseille attend, la transition écologique s’éternise. Et la paix, promise à coups de slogans, demeure hors de portée.
Inutile de dire combien ce décalage mine la confiance des citoyens. Quand la politique devient une succession de trailers sans film, c’est toute l’idée de la démocratie représentative qui vacille. L’opinion se lasse, se désengage, ou au contraire réclame des gouvernements « forts », capables — croit-on — de trancher le réel plutôt que de l’annoncer. Mais ce recours au durcissement est lui aussi nourri par l’épuisement des effets d’annonce.
Nous ne vivons plus dans la République des promesses tenues ou trahies, mais dans celle des teasers infinis. Des annonces qui ne débouchent sur aucun film, des réformes toujours à venir, jamais incarnées. La politique a transformé sa propre parole en bande-annonce permanente. Et nous, spectateurs lassés, commençons à quitter la salle.
Publié le mercredi 07 janvier 2026 .
3 min. 45
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de Virginie Martin
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