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L’énergie, le facteur trop escamoté de la croissance

Publié le mercredi 14 novembre 2018 . 4 min. 05

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Quand le GIEC nous alerte sur le réchauffement climatique, il nous annonce aussi de mauvaises nouvelles pour l’économie. Si rien n’est fait pour développer davantage de nouvelles sources d’énergie, ou d’efficacité énergétique, en plus de brader le climat, on effondrera aussi l’économie. Evidence ? Pas pour tout le monde.

 
On le voit pourtant à l’œil nu sur les courbes de consommation d’énergie (charbon, gaz, pétrole, nucléaire, etc.) depuis la première révolution industrielle aux Etats-Unis, en Europe ou plus récemment en Chine. Comme le montre une étude de Victor Court, chercheur à l’institut Louis Bachelier, la quantité d’énergie consommée quotidiennement par un habitant des Etats-Unis en 2000 est sept fois plus grande que celle d’une personne qui vivait dans une société préindustrielle.

 
Mais est-ce la croissance qui a besoin d’énergie ou la disponibilité de l’énergie qui génère en grande partie la croissance ? La question mérite d’être posée. Lors des très prospères « Trente glorieuses » en occident, la consommation d’énergie s’est envolée comme jamais jusqu’au fameux « choc pétrolier » d’octobre 1973, qui a inauguré des décennies de crise plus profonde.

 

Les limites physiques de la croissance

 
Au premier million de chômeurs qu’a connu la France, personne n’a alors osé dire qu’ils étaient insuffisamment employables, pas assez flexibles ou fainéants... La croissance s’était évanouie avec l’énergie chère. Point. Car à l’époque, le débat économique commençait à se saisir des limites physiques de la croissance. Des limites que Keynes avait soulignées lors de la conférence de Bretton-Woods, en 1944, en proposant que le stock de matières premières exploitables serve d’étalon monétaire plutôt que l’or, cette « relique barbare », finalement abandonnée en 1971.

 
Depuis, les théories sur la croissance ont cependant fait la part belle au modèle de Robert Solow, prix Nobel d’économie en 1987 mais qui en avait jeté les bases en 1956, lorsque l’énergie était abondante et quasiment gratuite. Dans ce modèle, la croissance est le fruit de la combinaison du capital et du travail, et d’un mystérieux « résidu », généralement expliqué par la « productivité générale des facteurs de production », elle-même principalement tiré par la croissance et l’innovation. L’importance de l’énergie est restée largement oubliée du débat.

 
Le temps qui passe ne l’a pas rendue moins intéressante pour autant, comme le montrent les travaux de l’économiste Gaël Giraud, qui a analysé sur la longue durée la consommation d’énergie primaire d’une trentaine de pays, et en déduit que la croissance est « durablement et structurellement » dépendante de la disponibilité de l’énergie : « Lorsque la consommation d’énergie primaire augmente de 10 %, le PIB tend à croître de 6-7 % en moyenne, avec éventuellement un retard pouvant aller jusqu’à dix-huit mois », trouve-t-il.

 
L’énergie serait donc un préalable à la croissance. Et non pas un simple facilitateur.

 
L’économiste Victor Court démontre que les Trente Glorieuses américaines ou européennes ont été une exception en termes de croissance mais aussi d’augmentation de l’énergie disponible à la consommation. Et il se demande si le grand ralentissement de la croissance, observé depuis, ne constituerait pas, en réalité, un retour à la normale énergétique.

 
Bref, l’énergie pourrait, en réalité, être la véritable source de la croissance, combinée aux autres variables : capital, travail, progrès technique et innovation... Et cela change tout, en donnant une deuxième raison, en plus du changement climatique, d’investir massivement dans les énergies décarbonnées, dans la limitation du gaspillage et la hausse de l’efficacité énergétique ou encore dans le stockage et la récupération de l’énergie. Ce serait in fine une politique de croissance : l’énergie n’est pas seulement la clef de la question climatique, mais aussi de l’activité de demain.


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