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La « job machine » française cale à nouveau : les destructions d’emplois dépassent désormais les créations ; le nombre de chômeurs, comme le taux de chômage, repart à la hausse. Ce dernier flirte à nouveau avec les 8% de la population active. En progressant de 0,3 point sur un an, il atteint un pic inédit depuis quatre ans. Le gouvernement assure qu’il s’agit d’une « hausse en trompe-l’œil ». Depuis le 1er janvier 2025, la loi sur le plein emploi prévoit en effet l’inscription automatique à France Travail d’un grand nombre de bénéficiaires du RSA et de jeunes en parcours d’insertion. Un argument qui trouve vite ses limites : même en neutralisant l’effet de ces nouvelles règles de comptabilisation, le nombre de chômeurs progresse bel et bien. Et surtout, cette explication ne dit rien de la faiblesse des créations de postes ni de l’augmentation des destructions.

Les précaires en première ligne

Comme souvent, les premières victimes de la remontée du chômage sont les publics les plus fragiles. Trois grands facteurs discriminants émergent, à commencer par le motif d’inscription à France Travail, qui reflète en partie le type de contrat ou la forme d’emploi du dernier poste occupé. Les salariés aux statuts les plus précaires sont, une fois encore, les premiers à voir leurs emplois supprimés. Les intérimaires sont en première ligne. Quand la conjoncture se dégrade, ce sont les premiers contrats non renouvelés : leurs effectifs reculent nettement depuis plusieurs trimestres. Les fins de mission s’enchaînent sans être relayées par de nouvelles, poussant de nombreux travailleurs à s’inscrire à France Travail. Les renouvellements de CDD se font plus rares, tandis que les offres se tarissent. Saisonniers et intermittents du spectacle figurent aussi parmi les catégories les plus exposées. Autre profil en hausse : celui des personnes qui s’inscrivent pour la première fois à France Travail, souvent après la fin de leurs études. Cette tendance illustre les difficultés croissantes des jeunes à s’insérer sur le marché du travail.

L’âge comme facteur d’exclusion

C’est le deuxième facteur discriminant : l’âge. Occupant les postes les plus sensibles aux soubresauts de la conjoncture, les jeunes affichent un taux de chômage supérieur à celui du reste de la population : un jeune actif sur cinq, ou presque, est sans emploi, et il est de plus en plus difficile de décrocher un premier poste, même pour les plus diplômés. Interrogés en juin 2025, 84% des titulaires d’un bac +5 sortis en 2024 estiment que leur entrée sur le marché du travail a été difficile, soit 23 points de plus que la promotion 2022, arrivée avant le retournement conjoncturel. Près de 40% ont mis plus de six mois à décrocher un premier poste, un allongement marqué qui s’accompagne le plus souvent de sacrifices — salariaux, mais pas seulement. Des jeunes sans emploi, donc, mais qui ne sont pas tous inscrits à France Travail et ne sont pas comptabilisés comme chômeurs.

Quand les femmes paient le plus lourd tribut

Troisième grand élément discriminant : le sexe. Parce qu’elles occupent des postes plus précaires et plus sensibles à la conjoncture, les femmes sont plus impactées que les hommes. Sur un an, le chômage des femmes a augmenté de plus de 9%, soit près de 8 points de plus que les hommes ; même constat pour la progression du taux de chômage, près de deux fois plus rapide pour les femmes. En outre, plus souvent contraintes d’être à temps partiel, l’ajustement passe aussi par la baisse du nombre d’heures travaillées.

Si, pour l’instant, ce sont les plus fragiles qui encaissent le choc, une crise prolongée – combinée à l’automatisation accélérée par l’IA – finirait inévitablement par toucher l’ensemble des actifs, y compris ceux qui se croyaient protégés.


Publié le jeudi 11 décembre 2025 . 4 min. 03

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