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À chaque crise ou crispation, l’or franchit un nouveau sommet. Avec Donald Trump, les occasions ne manquent pas, et c’est bien pourquoi le cours se rapproche de 4 000 dollars l’once, un record historique. L’analyse sur longue période dévoile à quel point le métal jaune joue le rôle de baromètre de nos angoisses, la valeur refuge par excellence. Toutefois, plus l’horizon temporel s’élargit, plus les comparaisons entre périodes perdent en pertinence, puisque la tendance de fond est elle-même indexée au temps. C’est pourquoi l’examen des écarts à la tendance offre une lecture plus parlante, mettant en évidence quatre temps forts : au début des années 70, à la suite du premier choc pétrolier (le cours passe alors de 35 dollars l’once à 200) ; à la fin des années 70 et au début des années 80, avec le second choc pétrolier qui survient dans le sillage de la révolution iranienne et de la guerre Iran-Irak (le prix de l’once est multiplié par trois) ; au moment de la grande récession de 2008-2009 et des crises à répétition qui ont suivi, la barre des 1 000 dollars est franchie et celle des 2 000 se rapproche ; et enfin aujourd’hui, avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump.

Trump, la guerre commerciale et la peur des marchés

Dans un contexte international déjà très tendu, le nouvel homme fort a soufflé sur les braises en déclarant une guerre commerciale tous azimuts et en s’acharnant à faire pression sur la Fed pour qu’elle abaisse ses taux. L’impact est double. D’abord, il suscite la crainte des marchés, qui voient se profiler un enchaînement mortifère pour l’économie mondiale mais profitable à l’or : guerre commerciale, retour de l’inflation, risque de décrochage des économies, notamment américaine, chute des bourses et, pour finir, recherche de valeurs refuges. Ensuite, il existe une relation inverse entre les cours de l’or et les taux d’intérêt : quand les taux directeurs baissent, le rendement des placements sans risque chute lui aussi ; les investisseurs ont alors tendance à se tourner vers des actifs qui leur semblent tout aussi sûrs, mais plus performants, comme l’or.

Les banques centrales en première ligne

Si épargnants, investisseurs, méfiants et prudents alimentent le marché, une autre catégorie d’acheteurs pèse très lourd dans la balance : les banques centrales. Elles ont acquis plus de 1 000 tonnes d’or pour la troisième année consécutive en 2024, soit le double de la moyenne affichée sur la décennie précédente. Les banques centrales des pays émergents sont à la manœuvre. Leur objectif : dédollariser leurs réserves et, comme l’or n’est la dette de personne, il n’existe aucun risque de contrepartie et il est impossible de geler ces actifs, comme ce fut le cas pour la Russie. Et l’appétit des banques centrales pour l’or n’est pas près d’être rassasié : selon un sondage réalisé par le Conseil Mondial de l’Or, 43% d’entre elles ont l’intention d’augmenter leurs réserves d’or cette année, un chiffre en hausse de 14 points par rapport à 2024.

Les limites de la hausse

Dernier facteur de hausse : les stratégies des fonds de pension ou des investisseurs institutionnels, passés du modèle 60-40 (60% en actions, 40% en obligations) à un modèle 50-30-20 (50% en actions, 30% en obligations, 20% en actifs alternatifs, dont l’or.

Finalement, le seul élément modérateur est à chercher dans la répartition des secteurs utilisateurs d’or : la bijouterie-joaillerie (qui représente historiquement la plus grande part de la demande mondiale) et l’industrie (grâce à sa conductivité électrique et à sa résistance à la corrosion, l’or est indispensable dans l’électronique, par exemple) représentent un peu plus de la moitié des débouchés du métal. Ces deux secteurs, actuellement malmenés, pourraient calmer quelque peu les ardeurs du marché, mais certainement pas empêcher l’or de briller en 2026.


Publié le lundi 22 septembre 2025 . 3 min. 54

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