De l’Allemagne à l’Espagne, en passant par la France et l’Italie, quel pays affiche le niveau de consommation le plus élevé ? La hiérarchie actuelle est-elle la même qu’au début des années 2000 ? La question est plus complexe qu’il n’y paraît. Il est nécessaire de définir ce qu’on entend par consommation. Le concept le plus large, la consommation « effective », additionne deux blocs : la consommation « individuelle », qui regroupe les achats directement financés par les ménages, et les dépenses « socialisées », qui incluent les biens et services fournis par les administrations publiques (santé, éducation, etc.), financés par les impôts et cotisations sociales, ainsi que les services des institutions à but non lucratif pour les ménages (associations caritatives, culturelles, sportives, etc.). En France, plus du quart de la consommation est socialisée, ce qui est nettement plus que dans les autres pays européens, notamment en Allemagne et dans les pays du Sud. Il est donc essentiel de partir de la consommation effective et de la rapporter au nombre d’habitants pour éliminer les effets de taille.
La consommation en tête en Allemagne
En 2024, l’Allemagne arrive largement en tête avec plus de 34 000 euros par an, suivie par la France, l’Italie et l’Espagne. Un Allemand consomme 15% de plus qu’un Français, 36% de plus qu’un Italien et 56% de plus qu’un Espagnol. Cette hiérarchie est restée globalement la même depuis 25 ans, à cette nuance près : au début des années 2000, la France et l’Italie étaient beaucoup plus proches de l’Allemagne. L’écart a été multiplié par deux, tandis que qu’il s’est légèrement réduit avec l’Espagne. La comparaison avec l’Allemagne rappelle l’histoire du lièvre et de la tortue. Si l’Allemagne a pris le départ en première position, la France et l’Espagne ont démarré beaucoup plus fort le début des années 2000. Si bien qu’avant la crise des subprimes, c’est en France que la consommation par habitant était la plus élevée : 2 points de plus que l’Allemagne. L’Espagne, quant à elle, a réduit de moitié son écart.
Le chemin allemand largement emprunté
Deux pays qui ont opté pour le même choix stratégique : favoriser la demande quitte à sacrifier les producteurs, déséquilibrer les comptes publics et enfoncer leur commerce extérieur, tandis que l’Allemagne a choisi une approche diamétralement opposée, relancer son industrie, ses exports, valoriser son Hinterland. Ce fut l’agenda 2010 du Chancelier Schröder et les réformes des lois Hartz. L’Italie a suivi le rythme allemand. La grande récession de 2008 – 2009 rebat une première fois les cartes. L’éclatement de la bulle immobilière fait plonger la consommation en Espagne, l’Italie suit : le chômage explose, c’est la grande purge et l’austérité est généralisée. Côté espagnol c’est aussi un changement de cap radical : la pression est mise sur les coûts salariaux, le marché du travail est réformé, etc. Bref, c’est le chemin allemand qui est emprunté. La France et l’Allemagne encaissent le coup mais la consommation se redresse assez rapidement, mais pour des raisons diamétralement opposées.
La France maintient sa consommation à crédit
L’Allemagne, récolte les fruits de sa politique : les excédents sont revenus, la croissance a repris, et avec elle la consommation. En France, elle a été maintenue à bout de bras, à crédit, avec des déficits toujours plus élevés. La période de 2015 à 2019 marque une remontée de l’Espagne, soutenue par une base plus saine, tandis que l’Italie peine à redresser sa consommation. La crise de la Covid modifie la donne. Si la France a fait jeu égal avec l’Allemagne grâce à la puissance de son « quoi qu’il en coûte », c’est le chant du cygne. L’Allemagne, forte de ses efforts passés, peut désormais se relancer et soutenir, alors que c’est le mur de la dette qui se dresse en France, tandis que l’Espagne se relève rapidement et l’Italie se réveille. La consommation par habitant est un indicateur de richesse et si la France a maintenu son rang, c’est à crédit, et c’est maintenant qu’il faut passer à la caisse.
Publié le mardi 01 juillet 2025 .
4 min. 04
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