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Déclin industriel : quel vrai coût coupable ?

Publié le lundi 21 mai 2012 . 5 min. 00

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Xerfi Canal présente l'analyse d'Alexandre Mirlicourtois, directeur des études de Xerfi

Suffirait-il de baisser le coût du travail dans l’industrie pour rétablir notre compétitivité ? Pas si sûr. D’abord, le coût du travail c’est quoi ? Selon la définition de l’INSEE, c’est l’ensemble des dépenses qui incombent à l'entreprise pour employer un salarié. Il se décompose entre un coût direct, c’est-à-dire le salaire brut auquel s'ajoutent les avantages en nature, l’intéressement et la participation, et en un coût indirect, c’est-à-dire pour l’essentiel les cotisations patronales légales et conventionnelles ainsi que diverses charges (formation professionnelle, frais de transport, œuvres sociales). Ce coût du travail se calcule sur une base annuelle ou sur une base horaire. Selon, cet indicateur, l’heure de travail dans l’industrie française était de 35,3 euros en 2011. Ce qui place la France comme vous pouvez le voir au coude à coude avec l’Allemagne et devant les pays du Sud de la zone euro. Cependant, pour effectuer des comparaisons internationales sérieuses, il faut tenir compte de la productivité du travail. Une productivité du travail qui peut varier selon les pays. Je m’explique. Un coût salarial plus élevé n'est pas un handicap si la main d'œuvre est plus productive. Pour cela, on utilise le coût salarial unitaire, c'est-à-dire le coût salarial par unité produite. Ainsi corrigée, le coût du travail est beaucoup moins hétérogène. Un simple exemple pour bien comprendre. En 2011, l’écart de coût du travail entre la France (plus de 35 euros de l’heure) et de l’Italie (un peu moins de 26) est de 37%. Corrigée de la productivité, cet écart n’est plus que de 18%. On l’aura compris. L'argument de l'écart de coût du travail entre l’industrie française et ses principaux partenaires ne suffit pas à expliquer pourquoi la France est le pays européen qui s’est le plus désindustrialisé depuis 10 ans. C’est une explication trop courte pour rendre compte de notre déficit avec l’ensemble de nos partenaires de la zone euro. En fait, l’approche par le seul coût horaire du travail dans l’industrie ou le coût salarial unitaire industriel est trompeuse. Pourquoi ? Tout simplement parce que ni l’un ni l’autre ne tiennent compte du coût des consommations intermédiaires et des éléments qui entrent dans le processus de production. Coût horaire du travail ou coût salarial unitaire ne reflètent pas la réalité d’une industrie qui s’est radicalement transformée. La production industrielle comprend désormais massivement des activités de services. Le coût des services, c’est désormais une très large part de la valeur ajoutée du produit fini. Et les services sont désormais largement achetés à des prestataires externes. Et, il ne suffit plus de comptabiliser les coûts salariaux industriels stricto sensu pour mesurer les écarts de compétitivité. Il faut aussi intégrer le coût des services. Or, le coût des services est en France très élevé. Bien plus élevé qu’en Allemagne dont le coût est assez proche de celui de l’Italie. Ainsi, il n’existe pas de salaire minimum uniforme dans les services en Allemagne où les salaires sont plus bas qu’en France. Mais il faut encore pousser plus loin l’analyse. Il faut également prendre en compte notre moindre capacité à décentraliser et optimiser la chaîne de valeur. C’est la force des entreprises allemandes de s’appuyer sur un réseau de sous-traitants locaux. Des sous-traitants respectés, traités comme des partenaires. Des sous-traitants qui ont les moyens de contribuer à l’innovation et à la valeur ajoutée du produit final. Enfin, les entreprises allemandes ont su intégrer leur chaîne de valeur à l’Est de l’Europe, dans les PECO. Grâce à l’euro fort, elles profitent de coûts de production plus bas. Le décrochage français ne peut donc s'analyser qu'à l’aune d’une vision plus globale de la compétitivité-coût. Pour cela, la notion de coût moyen pondéré est absolument nécessaire. Un coût qui prend en compte tous les facteurs, les coûts salariaux chargés, les coûts des services associés, l’optimisation décentralisée de la chaîne de valeur et la sous-traitance offshore. Alors, la compétitivité de l’Allemagne est supérieure d’au moins 20% à celle de la France et se retrouve au même niveau que l’Italie ou l’Espagne, mais avec une production plus haut de gamme. Pour analyser le décrochage industriel français, il faut avoir une vue globale de la compétitivité. Souvent abordée sous le seul angle du coût du travail dans nos usines, la compétitivité-coût de l’industrie s’appuie en réalité sur de nombreux autres leviers. Il faut le marteler, l’industrie comporte aujourd’hui massivement des activités de services et des investissements immatériels. Tout est imbriqué. En réalité, nous sommes entrés dans l’ère de l’industrie-servicielle. Dans cette industrie-servicielle, la maîtrise de toute la chaîne de valeur, dans ses aspects matériels, immatériels et serviciels est capitale.

Alexandre Mirlicourtois, Déclin industriel : quel vrai coût coupable ?, une vidéo Xerfi Canal



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