La crise du Covid et la guerre en Ukraine : voilà les deux coupables tout désignés pour expliquer le dérapage des finances publiques françaises. L’argument semble imparable. Oui, le déficit s’est d’abord creusé de façon spectaculaire lorsque, au plus fort de la pandémie, l’économie a été mise sous cloche : chute brutale du PIB d’un côté et envolée des dépenses de l’autre, avec la mise en place du « quoi qu’il en coûte », le chômage partiel massif et les prêts garantis par l’État… Puis est venu le second choc : moins brutal, mais suffisant pour stopper net le début de redressement budgétaire, notamment avec la mise en place du bouclier tarifaire destiné à contenir les conséquences de la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine.
La dette publique a, elle aussi, changé de dimension : elle s’est propulsée sur une nouvelle orbite, désormais solidement installée au-dessus de 110% du PIB. Entre la fin de 2019 et le deuxième trimestre 2025, elle s’est alourdie de plus de 1 000 milliards d’euros. À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles… et dégradation tout aussi exceptionnelle des finances publiques.
Une divergence inquiétante avec nos partenaires
Et, oui, une nouvelle fois, tous les pays européens ont vu leur déficit s’envoler pendant la pandémie, puis face au choc énergétique provoqué par la Russie en 2022. Là où le bât blesse, c’est qu’après la trajectoire du déficit public diverge nettement entre la France et le reste de la zone euro. Les chocs ont été d’une intensité similaire en Europe, mais tandis que les finances de nos partenaires se redressent après les crises sanitaire et énergétique, rien de comparable ne se produit chez nous. La comparaison est encore plus douloureuse en matière d’endettement. En entrée de crises, l’écart entre la France et la zone euro dépassait à peine 18 points ; il culmine désormais à 34, un record. Un dernier chiffre est éloquent : la France, à elle seule, représente 30% de la hausse de la dette de la zone euro sur la période.
Une dépense publique durablement hors normes
La vraie cause : le dérapage de nos dépenses publiques est une maladie chronique. Mi-2025, le poids des dépenses publiques était supérieur de 10 points en France à celui de la zone euro. C’est une tendance lourde : la dépense publique en France est structurellement hors normes. Elle se caractérise par un niveau élevé et par une grande difficulté à être réduite en période de croissance. Tous les pays ont accru leurs dépenses en temps de crise, mais, contrairement à la France, la plupart ont su profiter de la reprise pour faire reculer ce ratio. Résultat : de 5? en 1995, la France grimpe aujourd’hui à la 2? place, juste derrière la Finlande.
Une efficacité économique qui ne suit pas
Pour quelle efficacité ? Une croissance inférieure à celle de la zone euro si l’on prend comme point de départ le dernier trimestre avant la crise Covid. Parmi les sept principales économies européennes, seules l’Autriche et l’Allemagne affichent des performances moindres. La dette française n’a pas explosé à cause du Covid ou de la guerre en Ukraine. Elle a explosé avec le Covid et la guerre, mais pour des raisons bien plus anciennes et bien plus françaises : niveau de dépenses, gouvernance budgétaire et incapacité à se discipliner là où nos voisins, eux, ont commencé à corriger la trajectoire. À partir de là, continuer à invoquer la Covid et la guerre en Ukraine n’est pas un diagnostic : c’est une excuse.
Publié le mardi 25 novembre 2025 .
3 min. 36
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