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La fête est finie, les cadres ne sont plus maîtres du jeu. Côté volumétrie, les intentions d’embauche reculent et redescendent à leur plus bas niveau depuis près de cinq ans. Grandes entreprises, ETI, PME… toutes lèvent le pied, si bien que la réduction du nombre de recrutements de cadres ne fait même plus débat. Pire, rien ne laisse entrevoir un retournement rapide. À l’international, les attaques et volte-face de Donald Trump déstabilisent l’économie mondiale. En France, la crise politique plonge le milieu des affaires dans l’incertitude. Résultat : les entreprises avancent à tâtons, reportent ou gèlent leurs projets de recrutement. Moins de 293 000 postes de cadres seront finalement proposés cette année, soit 38 000 de moins par rapport au pic de 2023, et 2026 s’annonce sous de mauvais auspices.

Des signaux inquiétants

Trois indicateurs-clés viennent en effet confirmer le passage à vide actuel. Le premier : la diminution du nombre d’emplois vacants dans les secteurs à haute valeur ajoutée – finance, conseil, information-communication. Quelques à-coups persistent, mais la tendance est très nette : les besoins des entreprises sont plus facilement couverts, les tensions s’apaisent, voire disparaissent. Deuxième indice : recruter un cadre redevient plus simple. Les employeurs sont ainsi de moins en moins nombreux à rencontrer des difficultés pour finaliser leurs embauches : seuls 65% en font état, un chiffre en chute de 17 points sur un an, au plus bas depuis 2021. Enfin, il y a la trajectoire des offres collectées d’emplois cadres durables (c’est-à-dire pour une durée supérieure à six mois) par France Travail, qui poursuit son mouvement de repli.

Les jeunes en première ligne

Si la dégradation est générale, le ralentissement frappe d’abord les publics les plus fragiles, notamment les jeunes diplômés. Les embauches de cadres débutants ne devraient pas dépasser la barre des 41 000 selon l’APEC, un recul de 31% en deux ans. Si les jeunes trinquent, c’est que les entreprises misent désormais sur des profils expérimentés, capables d’être opérationnels immédiatement. Le coup de frein des embauches dans les secteurs à forte valeur ajoutée — informatique, ingénierie-R&D, conseil, juridique, comptabilité — aggrave la situation, car ce sont autant de viviers traditionnels pour les jeunes diplômés qui tournent au ralenti.

Un rapport de forces renversé

Le rapport de forces s’est inversé. C’est dans ce sens qu’il faut analyser ces deux signaux forts. Le premier. Les cadres ont intégré la dégradation du marché de l’emploi. Ils sont de plus en plus nombreux à estimer qu’il serait difficile de retrouver un poste équivalent en cas de départ ou de licenciement. Le second : côté entreprises, l’heure n’est plus aux concessions, notamment salariales. Une chose est sûre, les budgets de rémunération sont serrés.

Pour les cadres déjà en poste, la progression des rémunérations est à l’intersection de quatre forces. La première : la hausse du salaire mensuel de base va continuer de ralentir avec la désinflation en cours. L’écart entre la hausse des prix et celle des salaires reste favorable aux cadres, mais il tend à se réduire. Surtout, il ne s’agit que d’une partie de la rémunération, qui n’intègre ni les primes ni les heures supplémentaires. Or, compte tenu de la conjoncture, atteindre les objectifs fixés devient plus difficile et le volume d’heures supplémentaires se réduit. Quant à la prime de partage de la valeur, la pression sur les résultats des entreprises et un dispositif fiscal moins avantageux pèseront sur les montants versés. Les opportunités de mobilité interne vont également se réduire, alors même qu’il s’agit de la voie royale pour obtenir une augmentation. Pour les nouveaux entrants, la pression s’exerce sur les salaires à l’embauche et elle n’est pas près de se relâcher. Bref, l’âge d’or des cadres est bel et bien terminé.


Publié le vendredi 12 septembre 2025 . 4 min. 11

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