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Deux France s’opposent : celle qui épargne, celle qui se prive. Les chiffres macroéconomiques semblent pourtant indiquer le contraire. Le taux d’épargne financière frôle 10%, son plus haut niveau depuis la Seconde Guerre mondiale, hors périodes de confinement et de consommation empêchée.

Les données de la Banque de France confirment cette tendance : les encours de l’épargne réglementée (livret A, Livret de Développement Durable et Solidaire, LEP) approchent les 1 000 milliards d’euros, un record historique. De son côté, les encours d’assurance vie et épargne retraite en euros (des produits au capital garanti) remontent progressivement.

Quant aux dépôts à vue, ils sont confortablement garnis. Bref, a priori, les Français ont de quoi consommer et/ou épargner.

C’est leur choix. Cependant, ces données s’opposent à la réalité d’une pauvreté croissante : près de 10 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté, soit moins de 1 300 euros par mois (60% du revenu médian), ce qui restreint considérablement les possibilités d’épargne. En termes relatifs, c’est-à-dire rapporté à la population pour gommer les effets de taille, la pauvreté touche plus de 15% des ménages et atteint son niveau le plus élevé depuis 1996, année où débute la série.
Épargne record, pauvreté record voilà un joli paradoxe. La clé pour concilier ces deux réalités réside dans la montée des inégalités. Mesuré par l’Indice de Gini, qui peut varier de 0 (égalité parfaite) à 1 (inégalité extrême), la tendance est nettement à la hausse.

Cela explique pourquoi deux chiffres se télescopent : 4 ménages sur 10 déclarent mettre de l’argent de côté et 7 sur 10 limitent leur consommation.

La principale raison à la limitation de la consommation, est de loin la contrainte budgétaire, c’est-à-dire tout simplement parvenir à boucler les fins de mois. La volonté d’épargner ou de limiter son impact environnemental sont des motivations secondaires.

Et plus on descend l’échelle de niveau de vie, plus le frein mis sur les dépenses provient de la contrainte budgétaire. Autrement dit, la possibilité d’épargner devient inexistante pour certaines catégories de la population. L’intégralité du revenu est consommée, et parfois cela ne suffit même pas. En 2022, selon l’Insee, le taux d’épargne nette des 20% les plus modestes est de -29%, un chiffre négatif qui s’explique par un comportement de désépargne ou d’endettement des ménages entrant ou récemment entrés dans cette catégorie de revenu. La progression des dossiers de surendettement traités par la Banque de France témoigne d’une fragilisation financière croissante, surtout pour les ménages les plus fragiles.

À l’opposé, les épargnants épargnent de plus en plus. Il s’agit des catégories les plus aisées qui ont vu leurs revenus s’accélérer ces dernières années, notamment ceux issus du patrimoine (intérêts, loyers) qui ont tendance à être plus épargnés que les revenus d’activité. À cela s’ajoute la forte hausse de l’effort d’épargne des retraités. L’épargne est à un niveau record, mais elle est de plus en plus concentrée sur une partie minoritaire de la population. Dans les faits, de plus en plus de Français ne parviennent plus à mettre de côté, même en se privant, et le moindre accident de la vie (perte d’emploi, divorce, maladie…) peut rapidement les faire basculer dans la trappe à pauvreté. C’est le symptôme inquiétant d’une fracture sociale grandissante


Publié le mercredi 16 juillet 2025 . 3 min. 37

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