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15/05/201208:54

Xerfi Canal présente l'analyse d'Alexandre Mirlicourtois, directeur des études de Xerfi

En se rendant à Berlin, François Hollande va-t-il prendre lui aussi le chemin de Canossa, comme l’a fait son prédécesseur avec Angela Merkel. Car ne nous y trompons pas : derrière le soi-disant couple Franco-Allemand, la France s’est en réalité pour l’essentiel alignée sur les positions allemandes, au détriment de ses intérêts économiques nationaux. En vérité, la France a été la grande perdante du duopole Franco-Allemand.  La stratégie de Berlin a été non coopérative, et Angela Merkel a révélé son immense talent de négociatrice inflexible : elle devenue la dame d’acier de l’Europe. La crise des dettes souveraines a été le grand révélateur de ses positions unilatérales. Si l’on se souvient bien, la France s’était prononcée en faveur d’une forme de monétisation de la dette des pays membres par la Banque Centrale Européenne. Une BCE qui aurait joué le rôle d’acheteur d’actifs en dernier ressort. Une BCE s’inspirant du modèle américain de la FED. Une solution refusée catégoriquement par Angela Merkel. Le gouvernement allemand a également refusé toute avancée, souhaitée par la France, en termes de fédéralisme que ce soient par la mise en place des Eurobonds ou de toutes autres formes de mutualisation de la dette ou des budgets. Mais surtout, l’Allemagne a obtenu que tous ses partenaires, France compris, s’engagent à réduire d’urgence leurs déficits publics. Cela consacre LA vision allemande de l’Europe. La conséquence, c’est la multiplication des politiques d’austérité et la récession dans la zone euro en 2012. L’Allemagne de la dame d’acier défend bec et ongles ses seuls intérêts stratégiques sans se préoccuper des conséquences sur ses partenaires, pas plus ceux de français que des Grecs. Un exemple pour bien comprendre, dans le domaine de l’énergie. Immédiatement après la catastrophe de Fukushima, l’Allemagne a annoncé sa volonté de sortie du nucléaire. Un choix unilatéral avec un calendrier bien établi, la fin du nucléaire civil étant programmée pour 2022. Pour y parvenir, l’Allemagne compte bien poursuivre son développement agressif dans les énergies renouvelables. Siemens sera son bras armé. Après avoir annoncé sa rupture avec le groupe nucléaire français Areva, le groupe allemand s’est totalement désengagé de l’atome et ambitionne de devenir un pionnier des technologies « vertes ». Et peu importe qu’entre temps pour éviter d’être trop dépendante, l’Allemagne doive recourir aux énergies alternatives du charbon et du gaz et augmente ainsi ses gaz à effets de serre, tout cela en contradiction avec ses engagements. Peu importe que l’Allemagne ne soit plus un exportateur d’électricité et doive en importer au risque de déstabiliser l’ensemble du réseau électrique européen. A charge au nucléaire français d’assurer le bouclage. Une Allemagne opportuniste aussi car le couplage des marchés de l’électricité va lui permettre de mutualiser les coûts de sa montée en puissance dans les énergies renouvelables. La feuille de route est claire. C’est la même que celle qui a été suivie depuis le début des années 2000. Dix années marquées par la mise en place d’une véritable politique d’offre du côté allemand. Une politique qui a consisté à déformer le partage des revenus en faveur des entreprises, pour améliorer leur compétitivité et leur profitabilité ; à dérèglementer le marché du travail ; à accroître le niveau de gamme et de qualité de la production. Une stratégie qui s’est mise en place au détriment de ses partenaires européens. Pour la France, les conséquences ont été multiformes et néfastes. D’abord la modification du partage des revenus en faveur des entreprises. On l’oublie un peu vite aujourd’hui avec les annonces en cascades des hausses de salaires à venir dans l’industrie ou dans les services publics, les Allemands ont été mis à la diète aux cours des années 2000 avec à la clé des baisses de salaires réels (c'est-à-dire corrigé de l’inflation). L’impact sur la consommation a été d’autant plus fort que ce mouvement s’est accompagné d’un glissement de la fiscalité en faveur des entreprises : baisse des charges sociales contre hausse de la TVA. La conséquence est double. La déflation salariale et le durcissement de la fiscalité en direction des ménages a conduit à un écrasement de la demande domestique. Moins de demande domestique c’est d’abord moins d’importations. Cela libère aussi des capacités à l’exportation. Et les produits allemands ont été d’autant plus compétitifs que la charge fiscale des entreprises a été allégée et que l’Allemagne a profité de sa proximité avec les pays de l’Est. Au début des années 90, après sa réunification, l’Allemagne s’est trouvée sur son flanc Est face à des pays en manque de capacités industrielles compétitives, disposant d’un réservoir de main d’œuvre qualifié et peu rémunéré mais aussi de monnaies faibles. Une véritable opportunité qui s’est concrétisée par une ruée vers l’Est car elle permettait la mise en place d’une économie de bazar. Un business model qui consiste à délocaliser une partie de la chaîne de valeur, pour ensuite importer des modules aux coûts réduits, contrôlés et assemblés sur le territoire allemand et estampillés « made in Germany ». La stratégie allemande apparait ainsi clairement. En écrasant sa demande domestique l’Allemagne a limité ses importations et facilité l’équilibrage de ses comptes extérieurs. En se lançant dans une concurrence fiscale et sociale et en jouant sur son avantage naturel de proximité avec les pays de l’Est elle a pu inonder le marché européen de produits hyper-compétitifs pour obtenir des excédents commerciaux massifs. Pour les pays de la zone euro qui n'ont pas pu réagir en dépréciant leur taux de change et qui n'ont pas voulu, ou qui n’était pas en mesure de mener la même politique que l'Allemagne, la facture est lourde. C’est un fait incontestable : l’accroissement de la production et de l’emploi en Allemagne s’est fait au détriment de ses partenaires. La France 1er client de l’Allemagne et 3ème fournisseur avait le plus à perde dans cette stratégie. Et c’est un fait, c’est le pays qui a le plus perdu. Massivement comme le montre l’évolution du notre commerce extérieur : le déficit avec l’Allemagne n’a cessé de s’élargir. En 2011, il a quasiment atteint 17 milliards d’euros, C’est notre deuxième déficit après la Chine. C’est le quart de notre déficit. En 10 ans il aura été multiplié par 2,5  Avec un tel « palmarès » il est évident que nos points faibles le sont encore plus. Il est tout aussi évident que nos places fortes ont été enfoncées. C’est le cas des industries agro-alimentaires. Notre solde a fondu passant de plus d’un milliard d’euros à à peine plus de 200 millions d’euros. Et encore ce chiffre est flatteur. Sans les boissons où nous disposons d’un avantage naturel dans les vins et champagnes, nous serions dans le rouge. Et cela n’est pas le pire car nous restons excédentaires. Dans l’industrie pharmaceutique par exemple, place forte de l’industrie française notre excédent commercial avec l’Allemagne de 500 millions d’euros environ au début des années 2000 a été balayé et s’est transformé en un déficit qui se rapproche désormais des 2 milliards d’euros. Un dernier exemple. Le plus symbolique. Celui de l’automobile. Il y dix ans, l’Allemagne et la France étaient aux coudes à coudes respectivement 3e et 4e producteurs automobiles au monde, derrière les Etats-Unis et le Japon. Aujourd’hui, l’Allemagne est 4e et la France n’est plus que dixième. Les chiffres sont cruels : sur cette période, la production a augmenté de 11% en Allemagne, alors qu’elle s’effondrait de 37% en France. Les chiffres du commerce extérieur sont encore plus terribles. L’excédent allemand dans l’automobile frôle les 110 milliards d’euros quand la France à un déficit proche 9 milliards d’euros dont plus de 7 milliards liés au seul commerce avec l’Allemagne. C’est plus des trois-quarts ! La France a indéniablement été la grande perdante de la stratégie allemande. C’est le pays qui s’est le plus désindustrialisé. C’est le pays dont la balance commerciale s’est la plus dégradée. La stratégie de l’alignement sur les positions Allemandes, et de l’imitation du modèle Allemand » est une impasse. Poursuivre dans cette voie, c’est accentuer davantage encore la concurrence fiscale et sociale au sein de l’Europe. Un cercle vicieux du tous contre tous qui conduit tout droit à la catastrophe, y compris pour l’Allemagne. Au faux couple franco-allemand, qui s’est révélé une vraie stratégie unilatérale, il faut désormais substituer une stratégie coopérative multilatérale. Le redressement de l’Europe du Sud est indispensable. On n’y parviendra pas par l’austérité, l’humiliation, et la pénitence qui ne conduiront qu’au marasme, aux troubles sociaux et à l’éclatement de la zone euro.

Alexandre Mirlicourtois, François Hollande face à la dame d'acier : le tournant franco-allemand, une vidéo Xerfi Canal



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