La question est explosive : l’immigration est-elle une charge pour l’économie européenne ou, au contraire, sa meilleure chance de croissance actuelle et future ? Il faut d’abord poser quelques jalons incontestables : 1- l’Europe a perdu son élan démographique. 2- Depuis 2012, la hausse de la population ne tient plus qu’à l’excédent migratoire, le solde naturel (naissances moins décès) étant devenu négatif. Et enfin 3, le vieillissement s’accélère. L’âge médian de la population est proche de 45 ans, contre un peu plus de 38 au début des années 2000. Bref, la moitié des Européens se trouvent déjà à la porte de la retraite ou s’en approchent rapidement. Comme souvent, la vision panoramique masque les écarts. Parmi le top 5 des économies européennes, l’âge médian culmine à près de 49 ans en Italie, quand la France et les Pays-Bas affichent 42,5 ans. Ces deux pays ne sont pas épargnés par le vieillissement, mais l’affrontent avec une intensité moindre.
Une consommation immédiate et un marché stimulé
Dans ce contexte, l’arrivée de nouveaux habitants venus de l’étranger élargit immédiatement la demande intérieure : logement, alimentation, transports, services. Chaque installation génère de nouvelles dépenses qui nourrissent la croissance, à moins de considérer que ce qui est consommé par les nouveaux venus constitue une ponction directe sur la population résidente, financée par cette dernière au prix de prélèvements sociaux et fiscaux plus élevés ou d’une dégradation des comptes publics. L’examen par classe d’âge des nouveaux arrivants éclaire le débat. La grande majorité des entrants (près de 75%) ont entre 20 et 64 ans (un peu moins en France), surtout entre 20 et 35 ans. En d’autres termes, ces flux alimentent directement le stock de jeunes travailleurs, à condition que l’intégration professionnelle fonctionne réellement.
Un dividende démographique venu de l’étranger
Les taux d’emploi confirment ce potentiel : ils oscillent entre 62 et 72% dans les principales économies européennes, en dépit d’une intégration sur le marché du travail plus délicate qui se traduit par un taux de chômage supérieur de 2,5 à 5,5 points à celui des personnes nées dans le pays. C’est incontestable, l’immigration renforce la population active et l’emploi : c’est un dividende démographique venu de l’étranger qui alimente à son tour la création de richesse et la croissance potentielle. La surreprésentation de la population immigrée dans les classes d’âge les plus actives a une autre vertu : c’est une période durant laquelle les cotisations versées dépassent en moyenne les avantages perçus.
Une main-d’œuvre complémentaire dans des secteurs clés
L’immigration complète aussi l’offre de travail en répondant à des besoins ciblés : des territoires en pénurie de main-d’œuvre et/ou des secteurs en manque de bras, faute de personnel formé ou parce que les natifs les délaissent. En moyenne, les personnes nées à l’étranger occupent 15% des emplois en Europe, mais plus de 20% dans les services aux particuliers (employés de maison, agents de sécurité, aides à domicile…), contre nettement moins de 10% dans la santé, l’enseignement ou l’agriculture. Quant à l’impact de l’immigration sur les salaires, la pression se fait sentir dans les professions où l’afflux d’immigrés est très élevé, c’est une réalité, mais elle entraîne aussi une réallocation des actifs natifs vers des emplois de meilleure qualité.
Une approche économique indispensable
Le thème de l’immigration est d’autant plus difficile à aborder en Europe qu’il l’est de plus en plus souvent uniquement sous l’angle social, culturel ou sécuritaire. L’examiner par le prisme économique n’en est pas moins utile, car, bien ciblée, une immigration de travail diversifiée et qualifiée constitue un véritable levier de croissance.
Publié le mercredi 08 octobre 2025 .
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